Afrique centrale : accord sur la libre circulation des personnes

A la frontière entre le Gabon et le RD Congo le 6 août 2011
A la frontière entre le Gabon et le RD Congo le 6 août 2011 © AFP PHOTO / XAVIER BOURGOIS

Afrique centrale : accord sur la libre circulation des personnes

Mis à jour à 16h37, publié le 01/11/2017 à 16H20

La Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (CEMAC) a «pris acte» le 31 octobre 2017 de la ratification, par tous les Etats membres, de l'accord de 2013 sur la libre circulation des personnes dans la sous-région. Ce qui met fin à des négociations laborieuses entamées il y a plus de quinze ans.

Les chefs d'Etat de la CEMAC étaient réunis en sommet extraordinaire à N'Djamena, capitale du Tchad. L’organisation regroupe six pays : le Cameroun, la Centrafrique, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Tchad. Ces pays, dont la monnaie commune est le franc CFA, représentent un marché de 30 millions d’habitants. Une grande partie d’entre eux vit dans la pauvreté.

La question de la libre circulation est sur la table depuis des années en Afrique centrale: en 1972, l'ancêtre de la CEMAC avait déjà acté la libre circulation des personnes. Sans qu'elle ne soit appliquée.

En 2000, à la création de la CEMAC, l'idée d'un passeport commun à la zone centre-africaine avait été avancée puis décidée, mais le document n'a jamais vu le jour. Les négociations sur la libre circulation, laborieuses, ont depuis continué à chaque sommet de la Communauté. Mais elles ont longtemps achoppé en raison des refus de la Guinée équatoriale et du Gabon, pays pétroliers peu peuplés et relativement prospères, qui craignaient une immigration massive.

Fin octobre 2017, la Guinée équatoriale, le Gabon, le Congo et la Centrafrique ont finalement entériné la suppression des visas pour les ressortissants de la CEMAC. Le Tchad avait accepté, début août, de ratifier l'accord. Le Cameroun applique, lui, le principe de «réciprocité», autorisant la libre entrée sur son territoire de ressortissants dont le pays a appliqué l'accord.

«Des vraies craintes» à «surmonter»
«Il y a des vraies craintes par rapport à cet accord, mais il est du devoir des Etats de la sous-région de les surmonter», a déclaré le porte-parole du gouvernement gabonais. «Il y a trois éléments majeurs (à respecter dans l'application de cet accord): la mise en place d'instruments biométriques, la coordination des services de police et de sécurité des Etats de la sous-région, et le respect de la réglementation du travail», a-t-il ajouté.

La Guinée équatoriale et le Gabon, qui s'étaient déjà engagés le 17 février à donner leur accord sur la libre circulation des personnes dans la région, avaient déjà conditionné cet accord à la mise en place de pièces d'identité biométriques. Mais l'accord n'a jamais été mis en place au Gabon. La Guinée équatoriale avait fait volte-face peu de temps après.

Fondée en juin 2000 à Malabo (capitale de la Guinée Equatoriale), la CEMAC réunit des pays aux revenus très différents. Elle peine à mettre en œuvre des mécanismes d'intégration économique et monétaire. Nombre d'accords ont déjà été annoncés par le passé, sans qu'ils ne soient appliqués par la suite (compagnie aérienne commune, passeport commun...).

La libre circulation des personnes et des biens est un enjeu en Afrique alors que le commerce intra-africain reste encore peu développé.

Les chefs d’Etat des pays de la CEMAC ont aussi décidé d'«autoriser» la Banque de développement des Etats d'Afrique centrale (BDEAC) à débloquer 1,7 milliards de francs pour «accompagner l'application de la libre circulation», selon le communiqué final du sommet.

Par Géopolis Afrique (avec AFP)