Afrique: décollage progressif du marché unique du transport aérien

Le Boeing 737-800, avion de ligne court à moyen-courrier biréacteur à fuselage étroit d'EgyptAir, la compagnie nationale d'Egypte.
Le Boeing 737-800, avion de ligne court à moyen-courrier biréacteur à fuselage étroit d'EgyptAir, la compagnie nationale d'Egypte. © Philippe Clément / BELGA MAG / BELGA

Afrique: décollage progressif du marché unique du transport aérien

Mis à jour à 13h52, publié le 12/06/2018 à 13H39

Quatre mois après son lancement à Addis Abeba (Ethiopie), l'Open Sky africain prépare doucement son décollage. L'Union africaine a inscrit le marché unique du transport aérien (MUTAA) au menu de la transformation de l'Afrique, appelé «agenda 2063». A ce jour, 26 pays, regroupant 670 millions d'habitants, ont adhéré au projet. En tête, le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Egypte, l'Ethiopie et le Kenya.


En Afrique, voyager aujourd'hui d'un pays à l'autre en avion tient souvent du parcours du combattant: retards, absence de vols directs, tracasseries administratives et douanières entre Etats voisins. La liste des embûches est longue.

En annonçant en janvier 2018, trente ans après la déclaration de Yamoussoukro, sa décision de voir se constituer un marché unique du transport aérien africain (MUTAA) d'ici à 2063, l'Union africaine (UA) a donné un tour volontaire aux tentatives de l'Afrique de se mesurer aux régions les plus développées du monde et de s'intégrer à l'économie planétaire.

D'autant que les 26 pays signataires, sur les 54 que compte l'Afrique, se sont engagés à se conformer aux directives sans tarder. Par exemple, en supprimant les restrictions existantes pour libérer le ciel africain et en harmonisant les accords bilatéraux.

Les situations de blocage avaient jusqu'à présent pour principale conséquence de favoriser les compagnies étrangères au continent, qui contrôlent 75% du trafic aérien entre l'Afrique et le reste du monde.

Un état des lieux frisant le masochisme auquel l'UA encourage tous les pays africains à mettre fin.

Des arguments qui se veulent convaincants
Parmi les avantages attendus de la libéralisation du ciel africain, il y a la réduction du billet d'avion. De -25 à -35%, selon les différentes prévisions. De quoi booster les déplacements en avion et les ouvrir à de nouveaux voyageurs.

En corollaire, le tourisme bénéficierait d'un développement accru là où les liaisons sont facilitées. Le rêve de la majorité des pays du continent. Sinon tous!

L'Afrique compte actuellement 15% de la population sur Terre mais ne représente que 3% du trafic aérien mondial. Grâce à l'Open Sky, le nombre de passagers pourrait passer de 100 millions à 300 millions à l'horizon 2035.

Autre avantage: l'industrie aéronautique africaine deviendrait rentable et assurerait sa viabilité. Le marché unique du transport aérien africain pourrait créer assez rapidement, selon les acteurs de la transformation, 2,3 millions d'emplois, alors qu'aujourd'hui, le secteur salarie quelque 8 millions de personnes.

Enfin, les échanges commerciaux au sein même du continent africain profiteraient de la simplification des procédures trop souvent engluées dans une bureaucratie stérile.

Le Maghreb traîne les pieds
Pourtant à la tête d'une flotte aérienne importante, l'Afrique du Nord n'a pour l'instant pas répondu à l'incitation de l'UA.

Exemple: le Maroc. Bien que revenu au sein de l'organisation panafricaine, le pays semble tiraillé entre la tentation de voir plus grand grâce au MUTAA et la crainte d'une concurrence plus féroce.

«ll faut souligner que si le Maroc rejoint le MUTAA, l’ensemble des compagnies des pays signataires auront le droit d’atterrir sur les aéroports du royaume, ce qui constituera une concurrence redoutable, à même de grignoter des parts de marché à la compagnie RAM (Royal Air Maroc), sachant qu’elle opère actuellement sans concurrent sur l’écrasante majorité de ses lignes africaines», note le journaliste Oumar Baldé sur le site LesEco.ma.

Dans la perspective de l'agenda 2063, deux autres grands projets économiques sont lancés: la création d’une zone de libre-échange africaine, ainsi que la liberté de mouvement pour les citoyens africains sur le continent, grâce à un passeport africain.

Attendu depuis longtemps, ce dernier point ne pourrait qu'être encouragé par le marché unique du transport en Afrique.

Par Véronique le Jeune