Afrique du Sud: à Kimberley, les mineurs illégaux ne se cachent plus

Afrique du Sud: à Kimberley, les mineurs illégaux ne se cachent plus

Mis à jour à 14h37, publié le 08/06/2018 à 14H35

En Afrique du Sud, des milliers de mineurs travaillent dans l’illégalité avec l’espoir de trouver des diamants. Mais en avril 2018 à Kimberley, dans le centre du pays, quelque 800 d’entre eux ont reçu des licences leur permettant de travailler dans ce secteur. Cette initiative vise à freiner la multiplication des mines clandestines, due à la hausse du chômage.

10 photos de Mujahid Safodien illustrent ce propos

ancienne employée de maison qui s'est improvisée mineure pour élever neuf de ses petits-enfants, travaille depuis dix ans comme un forçat à Kimberley, la capitale sud-africaine du diamant. Dès l'aube, elle y pioche sans relâche la terre rocailleuse et la tamise avec l'espoir d'en extraire une pierre précieuse.
1 / 10 Malgré ses 77 ans, Clara Maitse,

ancienne employée de maison qui s'est improvisée mineure pour élever neuf de ses petits-enfants, travaille depuis dix ans comme un forçat à Kimberley, la capitale sud-africaine du diamant. Dès l'aube, elle y pioche sans relâche la terre rocailleuse et la tamise avec l'espoir d'en extraire une pierre précieuse.

© MUJAHID SAFODIEN / AFP
a déjà conduit Clara Maitse sept fois au poste de police. Mais son obstination a fini par payer car cette activité qu’elle pratique avec près de 800 autres camarades mineurs, les «zama zamas» («ceux qui tentent leur chance» en zoulou) vient enfin, pour son plus grand bonheur, d'être légalisée. «Maintenant nous n'avons plus peur, se réjouit-elle.
2 / 10 Cette activité totalement illégale

a déjà conduit Clara Maitse sept fois au poste de police. Mais son obstination a fini par payer car cette activité qu’elle pratique avec près de 800 autres camarades mineurs, les «zama zamas» («ceux qui tentent leur chance» en zoulou) vient enfin, pour son plus grand bonheur, d'être légalisée. «Maintenant nous n'avons plus peur, se réjouit-elle.

© MUJAHID SAFODIEN / AFP
a rejoint en 2013 après son divorce, les «zama zamas». Elle a travaillé sans trouver le moindre diamant, jusqu'à Noël 2017. Son cadeau ce jour-là fut de trouver une petite pierre qu'elle a vendue 1.200 rands (80 euros). «Le temps du changement est arrivé, se réjouit-elle aujourd'hui, nous avons maintenant un permis, on est libres.» Elle retient tant bien que mal ses larmes en racontant cette «joie, cette fierté de se réveiller le matin en se disant : "Je ne suis plus une mineure illégale."»
3 / 10 Une femme de 47 ans, mère de cinq enfants,

a rejoint en 2013 après son divorce, les «zama zamas». Elle a travaillé sans trouver le moindre diamant, jusqu'à Noël 2017. Son cadeau ce jour-là fut de trouver une petite pierre qu'elle a vendue 1.200 rands (80 euros). «Le temps du changement est arrivé, se réjouit-elle aujourd'hui, nous avons maintenant un permis, on est libres.» Elle retient tant bien que mal ses larmes en racontant cette «joie, cette fierté de se réveiller le matin en se disant : "Je ne suis plus une mineure illégale."»

© MUJAHID SAFODIEN / AFP
travaille dans la région de Kimberley depuis 2007. Lors des nombreuses opérations d'expulsion, la police lui a tiré plusieurs fois dessus avec des  balles en plastique. Aujourd’hui, une douzaine de cicatrices marquent son corps. «On a été traités comme des terroristes. Je ne me rappelle même pas combien de fois on a été arrêtés, mordus par les chiens, chassés par les hélicoptères, avec des chevaux, des motos, juste pour nous casser le moral», raconte-t-il. Mais «le combat fut long et dur, on est maintenant des millionnaires en devenir», ajoute-t-il en remplissant sa brouette de pierres.
4 / 10 Un autre mineur, un homme de 36 ans,

travaille dans la région de Kimberley depuis 2007. Lors des nombreuses opérations d'expulsion, la police lui a tiré plusieurs fois dessus avec des  balles en plastique. Aujourd’hui, une douzaine de cicatrices marquent son corps. «On a été traités comme des terroristes. Je ne me rappelle même pas combien de fois on a été arrêtés, mordus par les chiens, chassés par les hélicoptères, avec des chevaux, des motos, juste pour nous casser le moral», raconte-t-il. Mais «le combat fut long et dur, on est maintenant des millionnaires en devenir», ajoute-t-il en remplissant sa brouette de pierres.

© MUJAHID SAFODIEN / AFP
les mineurs quittent à l'aube leur domicile, des abris de fortune faits de plastique, de carton et de tôle ou de petites maisons en dur pour les plus chanceux. Avec piolets et pelles, ils attaquent, en plein air, le gravier qu'ils passent ensuite au peigne fin dans des tamis à la recherche de l'improbable pierre qui changera leur destin.
5 / 10 Equipés d'outils rudimentaires,

les mineurs quittent à l'aube leur domicile, des abris de fortune faits de plastique, de carton et de tôle ou de petites maisons en dur pour les plus chanceux. Avec piolets et pelles, ils attaquent, en plein air, le gravier qu'ils passent ensuite au peigne fin dans des tamis à la recherche de l'improbable pierre qui changera leur destin.

© MUJAHID SAFODIEN / AFP
ils ont obtenu un permis pour opérer en toute régularité sur un terrain de 500 hectares appartenant à Kimberley Ekapa Mining, une joint-venture entre les entreprises Petra Diamonds et Ekapa Mining. Une première dans le secteur diamantifère en Afrique du Sud. Les autorités ont franchi le pas de la légalisation pour freiner l'exploitation illégale des ressources minières, un problème croissant dans un pays qui tire 5% de ses revenus de ce secteur.
6 / 10 Fin avril 2018,

ils ont obtenu un permis pour opérer en toute régularité sur un terrain de 500 hectares appartenant à Kimberley Ekapa Mining, une joint-venture entre les entreprises Petra Diamonds et Ekapa Mining. Une première dans le secteur diamantifère en Afrique du Sud. Les autorités ont franchi le pas de la légalisation pour freiner l'exploitation illégale des ressources minières, un problème croissant dans un pays qui tire 5% de ses revenus de ce secteur.

© MUJAHID SAFODIEN / AFP
devrait largement restaurer leur dignité, leur permettre de se considérer comme des citoyens à part entière et non plus comme des citoyens de seconde zone», estime Gert Kloppers, un porte-parole de l'entreprise Petra Diamonds. «Il était grand temps» de les légaliser, ajoute-t-il. Pour nous, l'exploitation minière industrielle et l'exploitation minière artisanale peuvent parfaitement coexister.»
7 / 10 «Pouvoir opérer dans les limites de la loi

devrait largement restaurer leur dignité, leur permettre de se considérer comme des citoyens à part entière et non plus comme des citoyens de seconde zone», estime Gert Kloppers, un porte-parole de l'entreprise Petra Diamonds. «Il était grand temps» de les légaliser, ajoute-t-il. Pour nous, l'exploitation minière industrielle et l'exploitation minière artisanale peuvent parfaitement coexister.»

© MUJAHID SAFODIEN / AFP
ces opérations illégales représentent un important manque à gagner, estimé entre 5 et 10% de la production annuelle du pays, selon la Chambre des mines. «Le moyen le plus efficace de combattre les extractions minières illégales est de les légaliser, explique à l'AFP le ministre adjoint des Mines, Godfrey Oliphant. Ca résout tous les problèmes. Les mineurs commencent à respecter la loi, ils paient des impôts. (…) Quand on leur a donné leur permis, on pouvait voir leurs yeux briller.»
8 / 10 Sur le plan économique,

ces opérations illégales représentent un important manque à gagner, estimé entre 5 et 10% de la production annuelle du pays, selon la Chambre des mines. «Le moyen le plus efficace de combattre les extractions minières illégales est de les légaliser, explique à l'AFP le ministre adjoint des Mines, Godfrey Oliphant. Ca résout tous les problèmes. Les mineurs commencent à respecter la loi, ils paient des impôts. (…) Quand on leur a donné leur permis, on pouvait voir leurs yeux briller.»

© MUJAHID SAFODIEN / AFP
les revenus des pierres vendues par les mineurs informels peuvent atteindre jusqu'à 20 millions de rands (1,3 millions d’euros) par mois. En vertu de l'accord passé avec les autorités, ils pourront garder leur pactole, sans avoir le moindre compte à rendre aux propriétaires de la mine qui les hébergent.
9 / 10 Dans le seul bassin de Kimberley,

les revenus des pierres vendues par les mineurs informels peuvent atteindre jusqu'à 20 millions de rands (1,3 millions d’euros) par mois. En vertu de l'accord passé avec les autorités, ils pourront garder leur pactole, sans avoir le moindre compte à rendre aux propriétaires de la mine qui les hébergent.

© MUJAHID SAFODIEN / AFP
selon la Commission sud-africaine des droits de l'Homme. En lutte permanente pour leur survie, ces hommes et femmes sont prêts à prendre des risques énormes, en creusant parfois dans des tunnels et des puits désaffectés. «C'est une étape importante, se félicite Sifiso Dladla, de l'ONG Action Aid, et nous espérons que ce sera aussi un tournant pour tous les autres ‘’zama zamas’’». Selon l'Organisation internationale du travail, les mineurs illégaux assurent jusqu'à 20% de la production mondiale de diamants.
10 / 10 Entre 8.000 et 30.000 mineurs illégaux opèrent en Afrique du Sud,

selon la Commission sud-africaine des droits de l'Homme. En lutte permanente pour leur survie, ces hommes et femmes sont prêts à prendre des risques énormes, en creusant parfois dans des tunnels et des puits désaffectés. «C'est une étape importante, se félicite Sifiso Dladla, de l'ONG Action Aid, et nous espérons que ce sera aussi un tournant pour tous les autres ‘’zama zamas’’». Selon l'Organisation internationale du travail, les mineurs illégaux assurent jusqu'à 20% de la production mondiale de diamants.

© MUJAHID SAFODIEN / AFP

Laurent Filippi avec AFP