Afrique: le continent divisé sur le transfert de l’ambassade des USA à Jérusalem

De droite à gauche, Ivanka Trump, fille du président des Etats-Unis, Jared Kushner, gendre et principal conseiller de Donald Trump, Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien et, en rouge, son épouse Sara, assistent à l'ouverture de l'ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018.
De droite à gauche, Ivanka Trump, fille du président des Etats-Unis, Jared Kushner, gendre et principal conseiller de Donald Trump, Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien et, en rouge, son épouse Sara, assistent à l'ouverture de l'ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018. © Bureau de presse d'Israël/Document/Agence Anadolu

Afrique: le continent divisé sur le transfert de l’ambassade des USA à Jérusalem

Publié le 15/05/2018 à 17H12

La décision controversée de Donald Trump d’installer l’ambassade des Etats-Unis en Israël à Jérusalem a créé une fracture qui frappe et divise aussi le continent africain. Alors que l’Afrique du Sud est le seul pays à avoir rappelé son ambassadeur, après la mort de 55 Palestiniens à Gaza, une douzaine d’autres pays ont assisté, eux, à l’inauguration des nouveaux locaux diplomatiques américains.


En transférant l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem et en reconnaissant en celle-ci, à l’encontre de toute légalité internationale, la capitale de l’Etat Hébreu, le président américain a déclenché un processus de ralliement et d’opposition à sa décision unilatérale.
 
Les pays africains concernés par la ville trois fois sainte
Un processus qui n’épargne pas les pays africains, concernés eux-aussi par l’avenir de la ville qualifiée de trois fois sainte, en référence aux trois monothéismes, juif, chrétien et musulman.
 
Après l’annonce officielle, le 6 décembre 2017, de sa volonté de tenir sa promesse électorale sur Jérusalem, un vote à l’ONU, quinze jours plus tard, avait condamné, par 128 voix contre 9 et 35 abstentions, la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.
 
En Afrique, seul le Togo avait voté contre la résolution condamnant les Etats-Unis. Plus en soutien à Tel-Aviv qu’à Washington, avait expliqué à l’époque un consultant chargé de promouvoir les intérêts de l’Etat hébreu en Afrique de l’Ouest.
 
D’autres Etats du continent tels le Bénin, le Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Lesotho, le Malawi, le Rwanda, le Soudan du Sud et l’Ouganda s’étaient rangés, eux, malgré leur proximité avec Israël, dans le camp des abstentionnistes, provocant la colère de l’administration américaine.

«Les Etats-Unis se souviendront de ce jour où ils ont été pris pour cible à l’Assemblée générale pour le simple fait d’avoir exercé leur droit de nation souveraine. (…) Nous nous en souviendrons lorsque l’on nous demandera à nouveau d’être les principaux contributeurs des Nations Unies», avait déclaré Nikki Haley, ambassadrice des USA à l’ONU.
 
Donald Trump menace de frapper au portefeuille les pays récalcitrants
«Nous prenons note de ces votes», avait lancé pour sa part Donald Trump, dénonçant «tous ces pays qui prennent notre argent et ensuite votent contre nous au Conseil de sécurité». Il avait même menacé de couper les fonds aux pays tentés de condamner sa décision.
 
Message reçu cinq sur cinq dans certaines chancelleries africaines, puisque douze délégations du continent étaient présentes, le 14 mai 2018, à la cérémonie d’inauguration des locaux de la représentation diplomatique américaine dans la ville sainte.
 
Au nombre de ces pays, l’Angola, le Cameroun, la République du Congo, la Côte d’Ivoire, l‘Ethiopie, le Kenya, le Nigeria, le Rwanda, le Soudan du Sud, la Tanzanie, la Zambie et, plus surprenant, la République du Soudan.
 
«Ceci est un moment d'Histoire. Président Trump, en reconnaissant ce qui appartient à l'Histoire, vous avez écrit l'Histoire», s’est félicité le Premier ministre israélien lors de la cérémonie.

Les Palestiniens transportent un manifestant blessé par les tirs des forces israéliennes près de la frontière entre Gaza et Israël, à l'est de la ville de Gaza, le 14 mai 2018, alors qu'ils manifestaient contre l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem.  Les Palestiniens transportent un manifestant blessé par les tirs des forces israéliennes près de la frontière entre Gaza et Israël, à l'est de la ville de Gaza, le 14 mai 2018, alors qu'ils manifestaient contre l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem.  © Thomas COEX/AFP

 
Au même moment, à moins de cent kilomètres de là, à la frontière entre Israël et la bande de Gaza, l’armée israélienne tirait à balles réelles contre les Palestiniens en plein soulèvement.
 
Comme depuis plusieurs semaines, ils manifestaient autant pour «leur droit au retour» à l’occasion de l’anniversaire de la Nakba, en arabe la catastrophe qu’a constitué pour eux la création d’Israël, que contre le transfert de l’ambassade américaine.
 
L'Afrique du Sud de Mandela et l'ANC traditionellement solidaires des Palestiniens
Avec un bilan de 60 morts et plus de 2000 blessés, la répression de la contestation par Tsahal a tourné au carnage, critiqué un peu partout dans le monde.
 
Premier pays africain à dénoncer le déchaînement répressif de l’Etat hébreu, l’Afrique du Sud. «En raison du caractère grave et aveugle de l’attaque israélienne, le gouvernement sud-africain a décidé de rappeler l’ambassadeur Sisa Ngombane avec effet immédiat», a aussitôt annoncé Pretoria.
 
L’Afrique du Sud a en effet toujours manifesté sa solidarité avec le combat des Palestiniens. Un combat qu’elle estime proche de celui de Nelson Mandela et de l’ANC à l’époque de l’apartheid.
 
En revanche, «peut-on s’attendre à une levée de boucliers des dirigeants africains contre cette mesure américaine», s’est interrogé de son côté le quotidien burkinabè le Pays? «Rien n’est moins sûr, a répondu en même temps le quotidien, car en dehors du roi du Maroc qui a réitéré son rejet de ce transfert… ils ne doivent pas être nombreux à vouloir s’attirer les foudres de l’iconoclaste locataire de la Maison-Blanche.»

Par Alain Chemali