Agriculture : quelle révolution verte pour le continent africain?

Centrafricaines allant vendre leurs légumes au marché de Bangui.
Centrafricaines allant vendre leurs légumes au marché de Bangui. © Miguel Medina/AFP

Agriculture : quelle révolution verte pour le continent africain?

Publié le 26/02/2015 à 12H04

L'Afrique est confrontée à un double défi : assurer sa sécurité alimentaire avec une population en forte croissance, tout en préservant la fertilité des sols. Malgré une urbanisation accélérée, les campagnes africaines vont rester très peuplées, avec des exploitations familiales de petites tailles. Quelle révolution agricole pour le continent? Interview de Jean-Christophe Debar, directeur de FARM.

Géopolis a rencontré Jean-Christophe Debar, Directeur de FARM, Fondation pour l’Agriculture et la Ruralité dans le monde.

Comment assurer demain la sécurité alimentaire de l’Afrique ?
Le défi démographique est une question majeure. La population va doubler en Afrique sub-saharienne à la fois dans les campagnes et dans les villes et il n’y a que deux solutions possibles: produire plus et échanger davantage. Des pratiques culturales qui étaient viables jusqu’ici ne le sont plus du fait de la pression démographique. La période de jachère étant de plus en plus courte, la fertilité des sols régresse.

Produire plus, mais comment ?
L’Afrique a un bon potentiel agricole, à l'exception de la zone sahélienne plus aride, où les conditions climatiques provoquent une forte érosion des sols. L’Afrique possède des terres disponibles non-cultivées, mais elles sont souvent utilisés pour faire paître les troupeaux. C’est donc essentiellement sur les rendements qu’il faut jouer. Aujourd’hui, un hectare produit en moyenne trois fois moins de calories en Afrique qu’en Europe. Un agriculteur africain produit vingt fois moins qu’un agriculteur européen. Cela montre qu'il existe un potentiel de progression important.

L’Afrique doit-elle faire sa révolution verte ?
La révolution verte consiste à agrandir les exploitations, les mécaniser, et recourir massivement à la chimie (engrais et pesticides). Ce modèle indien ou asiatique pose problème en raison de son impact sur la fertilité des sols et sur l’environnement. Il faut se préoccuper davantage de restaurer ou d’améliorer le potentiel productif des terres cultivées en veillant à apporter suffisamment de matière organique (d'origine animal). Mais il existe une marge de progression, puisqu'en Afrique on utilise en moyenne 10 kilos d’engrais minéraux à l’hectare, soit dix à quinze fois moins qu’en Europe.

Enfants maliens qui tournent le maïs pour le faire sécher. Enfants maliens qui tournent le maïs pour le faire sécher. © AFP/SEUX PAULE/HEMIS.fr


Quel modèle agricole pour l’Afrique ?
La solution se situe dans une voie médiane, entre l’agriculture intensive conventionnelle et l’agro-écologie radicale (NDLR : sans aucune chimie). Il faut aller vers une «agronomie  écologique» économe en eau et en engrais. En Afrique devrait subsister de nombreuses petites exploitations de moins de deux hectares, qui ne seront pas toutes en mesure d’augmenter leur productivité. Les politiques publiques doivent faire émerger des exploitations entre cinq et dix hectares tournées vers le marché. Ces exploitations moyennes ont un fort potentiel, elles peuvent se moderniser pour alimenter la population des villes qui va elle doubler d’ici 2050.
 
L’Afrique peut également profiter des derniers progrès de la science?
La recherche scientique peut apporter des solutions avec, par exemple, des semences tolérantes à la sécheresse, des rotations culturales qui préservent les sols. Cela nécessite une transmission des savoirs, des organisations agricoles, des coopératives. La sécurité alimentaire de l’Afrique passe également par des marchés régionaux intégrés, où l’on peut s’échanger des productions. Cela implique également des filières de productions et des transports fiables, pour éviter les nombreuses pertes agricoles.

Par Michel Lachkar