Algérie-Cuba: pétrole contre médecins

Manifestation des médecins résidents (internes) de l'hôpital Mustapha Bacha à Alger, le 30 janvier 2018.
Manifestation des médecins résidents (internes) de l'hôpital Mustapha Bacha à Alger, le 30 janvier 2018. © RYAD KRAMDI / AFP

Algérie-Cuba: pétrole contre médecins

Mis à jour le 01/02/2018 à 15H23, publié le 01/02/2018 à 15H12

Pétrole contre médecins... C’est le marché passé entre l’Algérie et Cuba. L’île des Caraïbes va effet se fournir en pétrole algérien et en échange lui envoyer des médecins. La confirmation de ce contrat intervient alors que l’Algérie a du mal à gérer sa politique de santé et la colère de ses internes.


«L'Algérie a signé ce mardi une série d’accords visant à exporter du pétrole vers Cuba pour les trois prochaines années, et verra en échange le renforcement de l’exportation des services de santé cubains en Algérie», rapporte le journal algérien TSA.  Si on comprend bien le besoin de Cuba en hydrocarbures après la baisse de production du Venezuela, l'apport de services médicaux à l'Algérie apparaît en revanche comme un aveu des difficultés d'Alger avec sa politique de santé.

Une sorte de retour aux sources puisque dans les années 60, au lendemain de l'indépendance algérienne, Cuba avait déja envoyé des médecins. «Il y a donc 50 ans, 56 médecins firent partie de ce premier contingent internationaliste, inaugurant ainsi une ère de coopération exceptionnelle entre l’Algérie et Cuba», rappelle AlgeriePart.

Le système de santé algérien connaît en effet de nombreux problèmes. Entre le sous-investissement technique, la fuite des médecins vers la France et la colère de ses internes... les ennuis s'accumulent dans ce secteur. 


Les médecins algériens sont en colère. Du moins ses internes qui manifestent contre l'obligation qu'ils ont de fournir un service civil après leurs études afin de faire protiter les régions les plus reculées de leurs services. Une belle idée qui semble aujourd'hui peser sur ces étudiants en fin d'études. Officiellement, ce sont surtout les conditions de ce service civil, qui s'ajoute au service militaire, qui sont dénoncées. «Nous sommes prêts à aller travailler dans le Sud, mais avec des avantages de salaires et des billets d'avions», explique leur représentant. 

13.000 médecins ont quitté l'Algérie
Mais cette colère des internes (appelés en Algérie médecins résidents) traduit les maux de la société algérienne. Leurs revendications n'ont pas été écoutées par les autorités qui n'a pas hésité à utiliser la police et la justice pour contrer le mouvement. «Nous sommes conscients que la population a besoin de nous dans ces déserts médicaux et nous ne refusons pas d’y aller. Le problème, c’est l’absence de plateaux techniques et de moyens indispensables à la pratique de notre métier sur place. Sans cette contrainte, les hôpitaux seraient tenus de nous attirer avec de bonnes conditions de travail mais aussi une meilleure prise en charge des patients. Il est impossible de supprimer le service civil pour le moment mais il est envisageable de l’améliorer», affirme l’un de leurs délégués.  


Cette crise des internes s'ajoute au phénomène de fuite des médecins vers l'étranger et vers la France tout spécialement. «Plus de 13.000 médecins ont quitté l’Algérie pour travailler au Canada, en France ou ailleurs. C’est une véritable fuite des cerveaux. Quand le résident finit sa spécialité, il enchaîne par un service civil de trois à quatre ans, deux ans dans le Sud, puis par le service militaire. Une carrière de médecin spécialisé ne commence véritablement qu’à 35 ans. Travailler dans le privé permet de très bien gagner sa vie mais faire une carrière hospitalo-universitaire est presque impossible. Certains préfèrent donc faire les équivalences, galérer un peu, mais rester en France», explique le docteur Yassine Balhi.


Un décret français pour faciliter la venue des médecins algériens
Sur ce sujet, la presse algérienne met en avant un décret français du 24 novembre 2017 qui, selon elle, est une «véritable opération de charme destinée à séduire les médecins étrangers pour les convaincre d’émigrer vers la France. En ces temps durs où les jeunes médecins algériens sont martyrisés dans leur pays natal, il y a un énorme risque d’assister à un exode massif de ces médecins vers la France car ce décret offre des facilitations sans précédent.»

«La crainte d’une hémorragie annoncée dans ce corps déjà malade et vidé de son potentiel parti vers d’autres cieux plus cléments a donné au mouvement des médecins résidents un cachet de cause nationale», écrit El Watan dans un éditorial très critique sur la gestion de la crise.

Par Pierre Magnan