Au Maroc, les bars à chicha font de la résistance

Chicha à la terrasse du «So Lounge» de Marrakech.
Chicha à la terrasse du «So Lounge» de Marrakech. © Wiki Commons

Au Maroc, les bars à chicha font de la résistance

Publié le 10/01/2018 à 11H15

C’est LE serpent de mer de la société marocaine: l’usage du narguilé, appelé aussi chicha, n'est pas vraiment autorisé mais est florissant dans les villes. Régulièrement, la police se fâche, fait des descentes et confisque narguilés et tabac. Cette fois, c’est à Tanger que les bars à chicha sont dans le collimateur.


Interdite ou pas? La chicha au Maroc subit de régulières campagnes d’interdiction sans que son usage soit officiellement prohibé. En fait, dans les grandes villes du pays, les cafés à chicha réapparaissent dès que la force publique relâche un peu la pression.

Dernièrement, rapporte Aujourd’hui, c’est à Tanger que la Sécurité publique et les renseignements généraux ont attaqué. «La chicha est devenue, pour certains cafetiers, un moyen essentiel pour attirer et fidéliser un certain type de clientèle parmi les plus rentables» écrit le site. Trois établissements étaient visés et l’opération a permis de saisir 150 narguilés et une grande quantité de maâssel, le tabac à chicha.

Les opposants à la consommation mettent bien sûr en avant le risque sanitaire lié à la fumée. Une chicha équivaut à une vingtaine de cigarettes, et le tabac dissimule parfois du hachich. Forts des avis médicaux, certains gouverneurs de wilaya prennent des arrêtés pour interdire la consommation dans les lieux publics. Mais en 2016, la proposition de loi soutenue par le parti au pouvoir, le PJD, est restée dans les cartons. Etonnamment retirée, elle prévoyait jusqu’à trois ans de prison pour les vendeurs de chichas.

Lieux de dépravation 
Les conservateurs du PJD voient dans la chicha non seulement un risque sanitaire, mais également un symbole de dépravation. Ces bars, où l’alcool coulerait à flot, seraient des lieux de prostitution de filles mineures. Mais voilà, la chicha fait fureur auprès des touristes, même si le narguilé n’a rien de marocain, mais vient du Moyen-Orient.

Aussi, là où passe le touriste, la chicha prospère. «C’est le cas de plusieurs établissements classés de la ville de Marrakech où hôtels, restaurants, bars et autres night-clubs continuent à offrir à leurs clients des services de ce genre, allant même jusqu’à aménager des espaces dédiés spécialement à cette consommation» écrit le Site Info.


Touristes contre santé publique, on sent bien que cet entre-deux, explique la résistance de la chicha dans les villes marocaines. Alors, régulièrement, les autorités font une piqure de rappel, sans que l’on sache si l’équité existe dans les sanctions. Cela calme une partie de la population qui réclame des sanctions. Nul doute que le commerce redémarrera dans quelques mois… 
 

Par Jacques Deveaux