Au Mozambique, Nagonha, le village victime des sablières chinoises

Dans le village de Nagonha, au Mozambique
Dans le village de Nagonha, au Mozambique © Amnesty International

Au Mozambique, Nagonha, le village victime des sablières chinoises

Publié le 20/10/2018 à 10H11

Amnesty International a pris la défense d’un petit village de la côte du Mozambique. En 2015, il a été en partie rasé par une violente inondation. Selon les villageois, la responsabilité d’une compagnie minière chinoise est engagée. Celle-ci aurait obstrué le cours des rivières par ses déchets d’exploitation d'une sablière. Mais la Hainan Haiyu Mining ne reconnaît aucune responsabilité.


Le 7 février 2015 au matin, une inondation éclair a partiellement détruit le village de pêcheurs de Nagonha, au nord du Mozambique. L’inondation n’a pas fait de mort, mais a laissé 290 sans-abris. Comme le flot avait creusé un nouveau canal vers la mer, au beau milieu du village, coupant la dune en deux, 48 maisons ont été projetées dans l’océan. Selon les autorités, 173 autres ont été partiellement endommagées. Jamais une telle inondation n’avait été enregistrée dans le village de Nagonha.

En raison de l’absence d’alerte, les habitants n’ont pas eu le temps de retirer le moindre effet personnel de leur habitation. Pour ceux qui se situaient sur le tracé de l’inondation, c’était la perte de leur maison, de leurs meubles et de tous leurs biens. De la plus basique paire de chaussures au panneau solaire. Ils ont perdu également leurs moyens de subsistance, le matériel de pêche: cordages et filets.
 

Site de l'extraction de sable à Nagonha. Site de l'extraction de sable à Nagonha. © Amnesty International


Nagonha est un petit village de moins de 1500 habitants. 236 huttes en bois constituent l’habitat. Couvertes de roseaux et aux murs de terre et de rondins de bois. Bien qu’existant depuis quarante ans, le village manque de tous les services publics. Il n’y a pas d’école, ni lieu de soins. Pas d’électricité ni d’eau courante non plus.

Le village se situe à l’intérieur d’une concession minière accordée à une entreprise chinoise: Hainan Haiyu Mining. Depuis 2011, elle extrait du sable pour en tirer des métaux rares comme le titane ou le zircon. L’exploitation a commencé à trois kilomètres au nord du village et se poursuit vers lui.

Ruines de Nagonha © Amnesty International


Amnesty International a mené l’enquête sur cette catastrophe. En analysant des photos satellites datant de 2010, l’ONG a découvert que 28 hectares de zones humides avaient disparu, remplacées par des dépôts de sable. Les cours d’eau se jetant dans le lagon sont bloqués. Ce qui, selon les experts contactés par l’ONG, a augmenté les risques d’inondation.
 
Les villageois ont réclamé des réparations à la compagnie chinoise. En vain pour l’heure. De toute façon, Haiyu n’avait réalisé aucun plan d’impact, ni consulté la population. «La compagnie a exploité le sable ici pendant près de dix ans. Mais si vous regardez le village, elle n’a rien fait pour améliorer nos vies», témoigne Nassire Omar, un pêcheur de 60 ans qui a quitté son village il y a un an.

L’entreprise chinoise a nié toute responsabilité quant à l’inondation de 2015. C’est, selon elle, une crue centennale qui a provoqué la catastrophe, et non comme l’affirme Amnesty l’exploitation minière. Nassire Omar ne décolère pas. «Ils nous sont redevables. Car ils nous ont pris notre beau sable et ne nous ont rien laissé. Nous voulons notre dû.»

Selon l’enquête de l’ONG, Haiyu n’a pas respecté la juridiction du pays. Il n’y a eu aucune information de la population, ni aucune étude d’impact de réalisée. A la demande d’Amnesty, poussé dans ses retranchements, le gouvernement a fourni un document concernant une concession minière à 30 km de là par la route.

Désormais, la balle est dans le camp des autorités du Mozambique. Amnesty attend désormais qu’elles corrigent les fautes qui ont été commises auprès de la population de Nagonha. Première victoire pour Amnesty, le gouvernement a décidé de suspendre l’activité de la compagnie.

Par Jacques Deveaux