Barrage éthiopien sur le Nil: l'Egypte tente une nouvelle approche

Le chef de la diplomatie égyptienne, à Tunis, le 17 décembre 2017.
Le chef de la diplomatie égyptienne, à Tunis, le 17 décembre 2017. © FETHI BELAID / AFP

Barrage éthiopien sur le Nil: l'Egypte tente une nouvelle approche

Publié le 26/12/2017 à 16H12

Sortir de «l'impasse» dans la crise autour du plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique sur le Nil: c'est le but de la visite du chef de la diplomatie Sameh Choukry à Addis Abeba, mardi 26 décembre 2017. L'Egypte est dépendante à 90% du Nil pour son approvisionnement en eau douce, ressource vitale pour sa population de presque 100 millions d'habitants qui doit doubler d'ici à 2060.

 
Les tensions entre l’Egypte et l’Ethiopie remontent à une décennie sur la question de l’eau. «Personne ne peut toucher à l'eau de l'Egypte», avait averti le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi lors d'un discours, en novembre 2017, parlant d'une question «de vie ou de mort».

La visite du chef de la diplomatie égyptienne à Addis Abeba à propos du barrage de la Grande renaissance éthiopienne (BGRE) correspond à un «nouveau geste de l'Egypte visant à sortir de l'impasse», a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ahmed Abou Zeid, selon un communiqué.

Ce sera l'occasion pour le ministre de mettre «des idées et des suggestions visant à aider les parties à approuver» les conclusions d'un rapport de mai 2017 qui portait sur les impacts sociaux et environnementaux de ce barrage sur le Soudan et l'Egypte.  

Accord de principe signé en 2015
Le Comité national tripartite du barrage de la Renaissance, qui réunit Le Caire, Khartoum et Addis Abeba, n'était pas parvenu à se mettre d'accord sur ce rapport initial réalisé par deux cabinets d'études français, Artelia et BRL.

En mars 2015, les trois pays avaient signé un accord de coopération sur la construction du barrage de la Renaissance situé sur le Nil Bleu et sur la répartition des eaux du grand fleuve. Le Nil bleu, qui prend sa source en Ethiopie, rejoint le Nil blanc à Khartoum pour former le Nil qui traverse le Soudan et l'Egypte avant de se jeter dans la Méditerranée.

Le coût du barrage est évalué à cinq milliards de dollars (4,2 milliards d'euros). Une fois cette insfrastructure terminée, elle deviendra la plus grande centrale hydroélectrique d'Afrique qui fournira à l'Ethiopie 6000 mégawatts – l'équivalent de six réacteurs nucléaires – et pourra stocker plus de 70 milliards de m3 d'eau, selon le cabinet BRL. 

Désaccord sur le temps de remplissage 
Alors que le gouvernement éthiopien annonce un temps de remplissage entre 5 et 6 ans, une étude réalisée par la Geological Society of America prédit qu’avec un temps de remplissage de 5 à 7 ans, le flot d’eau douce du Nil en Egypte pourrait diminuer de 25%. Certains Egyptiens estiment quant à eux qu’un temps de remplissage plus lent, entre 12 et 18 ans, est nécessaire pour garantir la stabilité de l’approvisionnement en eau de leur pays. 

De plus, l'Egypte défend ses «droits historiques» sur le fleuve qui garantissent près de 87% du débit du fleuve à l'Egypte et au Soudan par des traités datant de 1929 et 1959. Les gouvernements successifs des présidents déchus Hosni Moubarak et Mohamed Morsi, et celui du président Abdel Fattah Al-Sissi aujourd’hui, ont essayé depuis 2010, au cours d'une quinzaine de rencontres diplomatiques, de persuader l’Ethiopie de respecter ces accords datant de la période coloniale, rappelle le site OrientXXI.

Par Dominique Cettour Rose