Bassin du lac Tchad: des adolescentes qui ont «tout le temps peur»

Des adolescentes nigérianes dans un camp de réfugiés à Minawao, à l'extrême nord-ouest du Cameroun. 
Des adolescentes nigérianes dans un camp de réfugiés à Minawao, à l'extrême nord-ouest du Cameroun.  © Reinnier Kazé / AFP

Bassin du lac Tchad: des adolescentes qui ont «tout le temps peur»

Mis à jour à 17h52, publié le 25/09/2018 à 17H09

On entend souvent parler de la crise d’adolescence, mais il y a peu d’informations ou d’études sur les adolescents en période de crises. Plan International a mené l’enquête dans trois régions particulièrement instables, dont le bassin du lac Tchad. L’organisation dédiée à la protection des enfants a recueilli les témoignages de centaines de filles au Nigeria, au Niger et au Cameroun.


«Avant, j’allais cultiver des plantations n’importe où, même en dehors du village. Mais maintenant, je ne peux pas le faire, parce que j’ai peur…», raconte une jeune fille de 13 ans qui vit dans le nord-est du Nigeria, l’un des pays riverains du Lac Tchad. Comme elle, des dizaines de milliers de filles ont peur d’être battues, violées ou mariées de force… Elles sont les premières victimes de la crise qui secoue le Bassin du lac Tchad depuis 2009.
 
Des viols impunis
L’organisation Plan International a rencontré près de 500 adolescentes dans trois pays riverains du lac Tchad. Il s’agit essentiellement de jeunes réfugiées ou déplacées. Toutes vivent avec la hantise d’être agressées et leurs agresseurs ne sont pas forcément des hommes armés. «J’ai entendu parler de viols et de harcèlement sexuel infligés par des voisins, des passants et des garçons dans la communauté. Rien n’a été fait», témoigne une adolescente nigériane de 17 ans.

Le Bassin du lac Tchad Le Bassin du lac Tchad © @Plan International


«Les hommes ne nous laissent pas tranquilles»
Souvent séparées de leurs parents en raison des déplacements, les filles se retrouvent sans protection et sont souvent prises pour des proies sexuelles chez elles comme dans l’espace public. Toutes expriment un sentiment d’insécurité omniprésent. A la maison, à l’école, dans la rue et surtout la nuit, «parce que les hommes ne nous laissent pas tranquilles», comme le raconte une Nigérienne de 12 ans. Un témoignage corroboré par un adolescent de 15 ans qui vit à l’extrême nord du Cameroun. «Les garçons sortent la nuit à la recherche de femmes».

Le sexe pour survivre
Dans un contexte d’insécurité permanente, plusieurs adolescentes au Nigeria, comme au Cameroun, ont raconté qu’elles connaissaient des filles de leur âge qui avaient été «forcées d’avoir des relations avec des hommes pour survivre». Outre les menaces et les intimidations de Boko Haram et d’autres groupes armés, de nombreuses filles ont été également exploitées par les forces de sécurité nationale, censées les protéger, en échange de nourriture ou d’aide.  
 
Résilientes malgré tout
Même si les filles grandissent dans un climat d’instabilité et de peur, elles restent courageuses et optimistes. Et c’est l’éducation qui les aide à résister et à aller de l’avant en temps de crise, comme l’explique le rapport de l’organisation Plan International. La plupart des adolescentes interrogées ont fait savoir que la poursuite de leur éducation, tant au niveau secondaire que professionnel (formation), était essentielle à leur bien-être futur.
 
«Mon plus grand accomplissement est de bien travailler à l’école et de passer aux niveaux supérieurs», dit une adolescente camerounaise de 13 ans.

Vidéo mise en ligne sur YouTube par l'organisation Plan International, le 2 juillet 2018


 

Par Eléonore Abou Ez