Brexit: Theresa May, une nouvelle Thatcher, pour succéder à Cameron

Theresa May (juin 2016).
Theresa May (juin 2016). © LEON NEAL / AFP

Brexit: Theresa May, une nouvelle Thatcher, pour succéder à Cameron

Mis à jour le 12/07/2016 à 10H31, publié le 29/06/2016 à 14H06

Theresa May deviendra mercredi 12 juin la nouvelle Première ministre du Royaume-Uni après la décision de sa concurrente Andrea Leadsom de se retirer de la course. Elle sera la deuxième femme à entrer au 10 Downing Street après Margaret Thatcher (1979-1990). Republication de son portrait réalisé au lendemain du Brexit.

Mais qui est Theresa May? «La femme la plus puissante depuis Margaret Thatcher chez les conservateurs», selon le Financial TImes. Quasi inconnue en France, elle apparaît aujourd’hui comme une des rares personnalités du Parti conservateur pouvant réunir pro et anti-brexit. Pendant la campagne sur le référendum, cette eurosceptique s’est tenue prudement à l’écart, tout en se déclarant opposée au Brexit. Son attitude prudente rend aujourd'hui sa position plus forte.

Dans la course à la tête du parti, Theresa May apparaissaitt comme la favorite des électeurs conservateurs, Elle devra recoudre le parti conservateur, profondément divisé. Pour preuve ce propos d'un élu dans The Times à propos de Boris Johnson: «Boris a sa place réservée en enfer (…) Nous devons nous mettre derrière Theresa, c'est elle l'adulte». 

Theresa May devant le 10 Downing Street, siège du Premier ministre britannique, en juin 2016.  Theresa May devant le 10 Downing Street, siège du Premier ministre britannique, en juin 2016.  © LEON NEAL / AFP

Une nouvelle Thatcher ?
Ancrée plutôt à la droite du parti, Theresa May était en charge de l’Intérieur dans le cabinet Cameron depuis 2010, un record à ce poste. Une ministre de l’Intérieur affichant des positions très fermes sur l’immigration. Résultat, certains n’hésitent pas à la rapprocher de Margaret Thatcher, une comparaison jamais mauvaise au sein du Parti conservateur.

A 59 ans, elle n’a jamais hésité à afficher des positions divergentes de celles de son chef de file au point qu’avant les élections de 2015, on parlait déjà d’elle pour, éventuellement, remplacer David Cameron. Au point que ce dernier se méfiait de ses ambitions. Elle avait ainsi exprimé l’idée de voir le Royaume-Uni quitter la Cour européenne des droits de l’Homme, jugée trop intrusive dans la justice britannique...

Dans un article qui lui était consacré, Le Figaro écrivait: «Pas de pitié pour les délinquants récidivistes, combat acharné contre l'immigration, traque aux abus de prestations sociales, May interprète la partition politique d'une droite sans états d'âme.» Et le quotidien citait Rodney Barker, professeur émérite de Sciences politiques à la London School of Economics: «Elle joue habilement avec l'image de Thatcher, celle d'une femme ferme bien ancrée à droite, à l'inverse de celle de l'homme faible lié avec les centristes que représente Cameron.» Avant 2015, Cameron gouvernait avec les LibDem (centristes). 

Depuis, elle a cependant réussi à adoucir cette image un peu dure en se prononçant en faveur du mariage gay.

Fille de pasteur comme Angela Merkel
Née Theresa Brazier à Eastbourne en 1956, fille d'un pasteur (comme Angela Merkel à qui on la compare parfois) anglican, elle a commencé la politique lorsqu'elle était étudiante en géographie à Oxford. Après ses études, la future ministre travaille dans la banque d’Angleterre et dans un organisme financier.


Lors des élections de 1992, elle tente en vain de ravir un siège au sortant travailliste. Theresa May est finalement élue députée lors des élections de 1997 et entre en même temps dans le «shadow cabinet» en charge de l’éducation, des femmes et des handicapés… En 2010, Theresa May devient ministre de l'Intérieur du gouvernement Cameron. 
 
A ce poste, elle remet en cause une série de décisions de ses prédécesseurs travaillistes et durcit les conditions d’entrée des migrants ne venant pas de l’UE. Un poste qu’elle garde très longtemps et qui lui vaut d’être souvent exposée, et critiquée. Mais aussi admirée pour un discours très dur qu'elle n'a pas hésité à faire sur les erreurs de la police. 
 
En 2015, lors de la crise des migrants, elle a affirmé le refus du Royaume-Uni d’accepter une politique des quotas voulue par l'Europe, plaidant pour une aide sur place des réfugiés. Un discours qu'elle assume, affirmant lors du congrès que «l'immigration massive est mauvaise pour la Grande-Bretagne». Un slogan qui, en ces temps de Brexit, ne devrait pas déplaire à la base des élus conservateurs.

Mariée, sans enfant, elle affiche une grande discrétion dans les médias. Au point que dans le parti conservateur, certains la jugent «terne, ennuyeuse.. et ambitieuse». Une ambition qui l'amène aujourd'hui au sommet.

Par Pierre Magnan