Côte d'Ivoire: Bouaké privée d'eau depuis des mois

Côte d'Ivoire: Bouaké privée d'eau depuis des mois

Mis à jour à 10h56, publié le 06/06/2018 à 9H44

Bouaké n’en peut plus. Depuis des mois, cette ville du centre de la Côte d’Ivoire doit faire face à une pénurie d’eau. Sécheresse, détournement des voies naturelles, mais aussi mauvaise gestion expliquent cette situation.

10 photos d’Issouf Sanogo illustrent ce propos.

la deuxième ville de Côte d'Ivoire (800.000 habitants), dans le centre du pays, sont confrontés à une pénurie d'eau depuis trois mois liée au réchauffement climatique.
1 / 10 Les habitants de la ville de Bouaké,

la deuxième ville de Côte d'Ivoire (800.000 habitants), dans le centre du pays, sont confrontés à une pénurie d'eau depuis trois mois liée au réchauffement climatique.

© ISSOUF SANOGO / AFP
sont réparties de fin mars à novembre. Les quatre mois de saison sèche au cours de laquelle souffle l'harmattan – vent qui vient du Sahel et provoque une évaporation intense – nécessitent l'aménagement de réservoirs destinés à couvrir les besoins en eau», explique l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
2 / 10 «Les précipitations annuelles de l'ordre de 1200 mm

sont réparties de fin mars à novembre. Les quatre mois de saison sèche au cours de laquelle souffle l'harmattan – vent qui vient du Sahel et provoque une évaporation intense – nécessitent l'aménagement de réservoirs destinés à couvrir les besoins en eau», explique l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

© ISSOUF SANOGO / AFP
car le lac du barrage de la Loka construit à la fin des années 1970 et qui fournit les trois quarts de l'eau de la ville est à sec ou presque. Sa réserve de 28 millions de mètres cubes s’est réduite comme peau de chagrin. «On est accueilli comme le messie ou quelque chose comme ça», plaisante Mohamed Lamine Diakité, un des conducteurs d'un camion de 10.000 litres d'eau.
3 / 10 Des camions-citernes livrent des bassines d’eau aux habitants,

car le lac du barrage de la Loka construit à la fin des années 1970 et qui fournit les trois quarts de l'eau de la ville est à sec ou presque. Sa réserve de 28 millions de mètres cubes s’est réduite comme peau de chagrin. «On est accueilli comme le messie ou quelque chose comme ça», plaisante Mohamed Lamine Diakité, un des conducteurs d'un camion de 10.000 litres d'eau.

© ISSOUF SANOGO / AFP
des femmes alignent sur le sol des centaines de bassines, seaux et tonneaux pour la distribution sous un soleil de plomb. Les hommes sont rares, la corvée incombe essentiellement aux femmes.
4 / 10 Dans le quartier de Sokoura,

des femmes alignent sur le sol des centaines de bassines, seaux et tonneaux pour la distribution sous un soleil de plomb. Les hommes sont rares, la corvée incombe essentiellement aux femmes.

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s’inquiète pour les 300 habitants. «C'est le changement climatique. Il pleut beaucoup moins, le soleil est plus fort depuis quelques années. (…) Ici, on vit d'agriculture. Mais avec le manque d'eau, on ne peut plus planter comme on le voudrait. Il y a une baisse des revenus, c'est évident. Les temps sont durs.»
5 / 10 Le chef du petit village d'Angoua-Yaokro situé près du barrage

s’inquiète pour les 300 habitants. «C'est le changement climatique. Il pleut beaucoup moins, le soleil est plus fort depuis quelques années. (…) Ici, on vit d'agriculture. Mais avec le manque d'eau, on ne peut plus planter comme on le voudrait. Il y a une baisse des revenus, c'est évident. Les temps sont durs.»

© ISSOUF SANOGO / AFP
de cette sécheresse, explique à l’AFP Nicolas Djibo, le maire de l'ancien fief de la rébellion ivoirienne (2002): «L'action de l'homme a détourné l'eau de ses voies naturelles dans la région» avec la multiplication des carrières de sable. L’eau des pluies ne ruisselle plus vers les cours d’eau, mais disparaît dans les entrailles de la terre. Pour parer au plus pressé, l’activité de ces carrières a été suspendue. Mais le mal est fait et il est irréversible.
6 / 10 Mais le changement climatique n’est pas le seul responsable

de cette sécheresse, explique à l’AFP Nicolas Djibo, le maire de l'ancien fief de la rébellion ivoirienne (2002): «L'action de l'homme a détourné l'eau de ses voies naturelles dans la région» avec la multiplication des carrières de sable. L’eau des pluies ne ruisselle plus vers les cours d’eau, mais disparaît dans les entrailles de la terre. Pour parer au plus pressé, l’activité de ces carrières a été suspendue. Mais le mal est fait et il est irréversible.

© ISSOUF SANOGO / AFP
Le réseau est vieux et manque d’entretien, reconnaît le ministre des Infrastructures économiques. Selon Amédée Koffi Kouakou, le problème repose davantage dans la distribution que dans la production. Certaines canalisations vétustes ont plus de 50 ans. «Nous avons beaucoup de fuites sur les réseaux et, il ne faut pas l’oublier, il y a beaucoup de fraudes dans les quartiers», précise le ministre.
7 / 10 Une autre cause de cette pénurie d’eau est la gestion de cette ressource.

Le réseau est vieux et manque d’entretien, reconnaît le ministre des Infrastructures économiques. Selon Amédée Koffi Kouakou, le problème repose davantage dans la distribution que dans la production. Certaines canalisations vétustes ont plus de 50 ans. «Nous avons beaucoup de fuites sur les réseaux et, il ne faut pas l’oublier, il y a beaucoup de fraudes dans les quartiers», précise le ministre.

© ISSOUF SANOGO / AFP
avec le raccordement de Bouaké au lac de Kossou, à une centaine de kilomètres. Une opération qu'il estime à une trentaine de milliards de francs CFA (45 millions d'euros) et qui devrait être financée en partie par la Banque mondiale. En attendant, des forages en ville ont été lancés. Dix forages sont en cours qui devraient fournir 2000 mètres cubes d’eau par jour, précise Géopolis Afrique
8 / 10 Nicolas Djibo espère une solution durable d'ici deux ans

avec le raccordement de Bouaké au lac de Kossou, à une centaine de kilomètres. Une opération qu'il estime à une trentaine de milliards de francs CFA (45 millions d'euros) et qui devrait être financée en partie par la Banque mondiale. En attendant, des forages en ville ont été lancés. Dix forages sont en cours qui devraient fournir 2000 mètres cubes d’eau par jour, précise Géopolis Afrique

© ISSOUF SANOGO / AFP
On peut passer deux, trois jours sans se laver. Avant on buvait l'eau du robinet. Aujourd'hui, nous les adultes, on se prive mais les enfants ne comprennent pas. On est obligé d'acheter de l'eau minérale. Elle a augmenté de 400 (60 centimes) à 800 (1,2 euro). On dépense plus, on va faire faillite», se plaint Mariam Koné, commerçante, mère célibataire de trois enfants qui s'occupe de sa mère malade.
9 / 10 «C'est pas possible de vivre comme ça. (…)

On peut passer deux, trois jours sans se laver. Avant on buvait l'eau du robinet. Aujourd'hui, nous les adultes, on se prive mais les enfants ne comprennent pas. On est obligé d'acheter de l'eau minérale. Elle a augmenté de 400 (60 centimes) à 800 (1,2 euro). On dépense plus, on va faire faillite», se plaint Mariam Koné, commerçante, mère célibataire de trois enfants qui s'occupe de sa mère malade.

© ISSOUF SANOGO / AFP
la corvée d’eau provoque la colère car ils ne peuvent se payer de l'eau en bouteille. Mais si à Bouaké la situation est critique, Abidjan n’est pas épargnée non plus. Dans les deux cas, la forte augmentation de la population est aussi un facteur de déséquilibre entre l’offre d’eau potable et la demande.
10 / 10 Pour les plus pauvres,

la corvée d’eau provoque la colère car ils ne peuvent se payer de l'eau en bouteille. Mais si à Bouaké la situation est critique, Abidjan n’est pas épargnée non plus. Dans les deux cas, la forte augmentation de la population est aussi un facteur de déséquilibre entre l’offre d’eau potable et la demande.

© ISSOUF SANOGO / AFP

Laurent Filippi avec agences