Des rues de Berlin débaptisées au profit de combattants africains anticoloniaux

Les plaques des rues Petersallee et Nachtigalplatz qui vont disparaître dans le quartier africain, situé dans le nord-ouest de Berlin. 
Les plaques des rues Petersallee et Nachtigalplatz qui vont disparaître dans le quartier africain, situé dans le nord-ouest de Berlin.  © MICHELE TANTUSSI / AFP

Des rues de Berlin débaptisées au profit de combattants africains anticoloniaux

Mis à jour le 16/04/2018 à 11H05, publié le 12/04/2018 à 16H53

Dans le quartier africain de Berlin, des rues portant les noms de colonisateurs vont être débaptisées au profit de grandes figures de l'indépendance de l'Afrique. Cette décision s'inscrit dans le processus de réflexion entamé depuis plusieurs années par l'Allemagne sur son passé colonial.


Des rues toujours consacrées à des colonisateurs auteurs de crimes violents, vont être débaptisées dans la capitale allemande. Elles ne porteront plus les noms de personnalités liées à l'occupation brutale de la Namibie (1884-1918), où les Allemands ont tué entre 1904 et 1908 plusieurs dizaines de milliers de membres des tribus herero et nama. Les historiens considèrent d'ailleurs ce massacre comme le premier génocide du XXe siècle.

 «Le quartier africain glorifie toujours le colonialisme allemand et ses crimes. Ce n'est pas compatible avec notre conception de la démocratie et porte atteinte de façon durable à la réputation de la ville de Berlin», souligne le texte adopté, le 11 avril 2018, par les partis de gauche de l'arrondissement de Mitte (sociaux-démocrates, Verts et gauche radicale), après dix ans de débat.

«La décision finale devrait intervenir dans un mois», a souligné une porte-parole de la ville de Berlin, Melita Ersek, précisant qu'«il est tout à fait habituel que les recommandations des partis soient validées».

Les rues concernées sont la Petersallee (hommage à Carl Peters, le fondateur de l'Afrique allemande de l'Est, l'actuelle Tanzanie); la place Nachtigal (du nom de Gustav Nachtigal, qui avait notamment annexé en 1884 le Cameroun et le Togo). De nouvelles plaques porteront les noms de combattants contre l'occupation coloniale allemande: Rudolf Manga Bell, héros de l'indépendance camerounaise; Anna Mungunda, femme herero et résistante aux Allemands; Cornelius Frederiks, chef des Nama; ou encore Maji-Maji, nom donné au soulèvement de tribus d'Afrique orientale contre les autorités coloniales allemandes (1905-1907), indique l'AFP.

Cette remise en cause des symboles liés au passé colonial de l'Allemagne n'est pas la première à Berlin. Le quai Gröbenufer porte depuis 2010 le nom de May Ayim, une poétesse et activiste germano-ghanéenne.

La récente redécouverte du passé colonial de l’Allemagne a fait l'objet d'une exposition inédite au Musée de l’histoire allemande à Berlin. A la différence de la France ou l’Angleterre, la décolonisation allemande s'est achevée dès 1918. Un chapitre de l'histoire occulté par la Seconde guerre mondiale et l'épisode nazi. Entre 1884 et 1918, l'empire colonial du Reich s’étendait de l’actuelle Namibie à la Tanzanie, en passant par le Cameroun, le Togo, le Rwanda et le Burundi. 
 
 
 

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)