Egypte: le retrait d'Ahmed Chafiq de la présidentielle met al-Sissi à découvert

Le portrait du candidat Ahmed Chafiq, brandi par ses partisans à Nasr-City, dans les faubourgs du Caire, le 23 juin 2012.
Le portrait du candidat Ahmed Chafiq, brandi par ses partisans à Nasr-City, dans les faubourgs du Caire, le 23 juin 2012. © AFP PHOTO/MARWAN NAAMAN

Egypte: le retrait d'Ahmed Chafiq de la présidentielle met al-Sissi à découvert

Publié le 08/01/2018 à 17H50

L’ancien Premier ministre égyptien, Ahmed Chafiq, a indiqué qu’il ne serait plus candidat à l'élection présidentielle prévue le 26 mars 2018. Battu par Mohamed Morsi lors du scrutin de 2012, il avait pourtant annoncé sa candidature depuis les Emirats arabes unis, où il était exilé. Son retrait énigmatique laisse le président Abdel Fattah al-Sissi sans adversaire gênant à une réélection.


Ancien et dernier Premier ministre du président égyptien Hosni Moubarak, renversé en 2011, et ancien candidat à la présidentielle de 2012, Ahmed Chafiq déclare forfait pour la course à la magistrature suprême dont le premier tour a été annoncé du 26 au 28 mars 2018.
 
Seul adversaire de poids face à la candidature, non encore déclarée, d'Abdel Fattah al-Sissi à sa réélection, il a publié un communiqué sur son compte Twitter pour expliquer son geste.
 
«Je ne suis pas la personne idéale pour mener les affaires de l'Etat»

En raison d’une absence de plus de cinq ans qui l’a «empêché de suivre attentivement les progrès et succès du pays», Ahmed Chafiq affirme avoir constaté qu’il n’était pas «la personne idéale pour mener les affaires de l’Etat dans la période à venir».


En effet, après son échec en 2012 face à Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans, et après son acquittement dans le procès pour corruption qui avait suivi, il s’était exilé dans les Emirats arabes unis (EAU).
 
C’est de là qu’il avait annoncé, le 29 novembre 2017, son intention de se présenter à la présidentielle, parce que l’Egypte a besoin «de sang neuf» avait-il expliqué dans un document vidéo.
 
Moins d’une semaine après, le 2 décembre, il était expulsé par Abou Dhabi pour avoir déclaré aux médias qu’il était empêché de quitter le pays.
 
De retour forcé et discret en Egypte, il avait été porté mystérieusement disparu pendant 24 heures par ses proches et son avocat, avant de pouvoir s’exprimer au micro de la chaîne privée Dream TV. Un entretien au cours duquel il a démenti les rumeurs de son arrestation et annoncé qu’il allait reconsidérer sa candidature.

Un retrait sous pression du gouvernement  
Le retrait de la course à la présidence de l’ancien général de l’armée de l’air, âgé de 76 ans, est aujourd’hui attribué à des pressions gouvernementales. Selon le New York Times, qui cite un de ses avocats souhaitant garder l’anonymat, le pouvoir l’aurait menacé d’enquêter et de le poursuivre pour de vieilles affaires de corruption.
 
Un récit «largement confirmé par des enregistrements audio d’appels téléphoniques d’un officier du renseignement égyptien obtenus par le New York Times», révèle le quotidien américain.
 
«Au cours de l'un de ces appels, l'officier, le capitaine Ashraf al-Kholi, a averti un présentateur de télévision de ne pas s'attaquer à M.Chafik lors de son émission parce que le gouvernement était encore en pourparlers avec lui. "S'il décide d'être avec nous, il est l'un des anciens dirigeants des forces armées, vous l'avez compris?, mais s'il ne le fait pas, nous maudirons les ancêtres de son père"», précise le New York Times.

Des candidatures incertaines face à celle, non déclarée, d'al-Sissi 
La défection d’Ahmed Chafiq, qui jouit d’une certaine popularité auprès des nostalgiques du président Moubarak, débarrasse le président al-Sissi d’une candidature qui pourrait contrarier sa réélection.
 
Un avocat défenseur des droits de l'Homme, Khaled Ali, candidat en 2012, a bien annoncé en novembre qu'il serait en lice cette année encore. Mais ce militant de gauche et figure populaire de la révolution de janvier 2011 a été condamné en septembre à trois mois de prison pour «atteinte à la décence publique». Un jugement dont il a fait appel, mais sa candidature reste incertaine.
 
Même incertitude pour la candidature du Colonel Konsowa, annoncée elle aussi en novembre. Il avait été interpellé peu après et condamné à six ans de prison pour «comportement nuisant aux exigences du système militaire».
 
Selon son avocat, il a été condamné pour avoir exprimé son opinion politique en tant que militaire, alors même qu’il tente depuis plus de trois ans de quitter la grande muette.

Par Alain Chémali avec AFP