Egypte: Mohamed Zaree,lauréat du «Nobel des droits de l’Homme», risque la prison

Le défenseur des droits de l'homme Mohamed Zaree lauréat du prix Martin Ennals.
Le défenseur des droits de l'homme Mohamed Zaree lauréat du prix Martin Ennals. © KHALED DESOUKI / AFP

Egypte: Mohamed Zaree,lauréat du «Nobel des droits de l’Homme», risque la prison

Mis à jour le 16/10/2017 à 9H44, publié le 13/10/2017 à 13H41

Le juriste Mohamed Zaree, fervent défenseur des libertés d'expression en Egypte, a remporté le 10 octobre 2017 le prix Martin Ennals, l'une des plus prestigieuses récompenses dans le domaine des droits de l'Homme. Le lauréat n’a pas été autorisé à se rendre à Genève pour recevoir sa distinction.


Mohamed Zaree, directeur du bureau égyptien de l'Institut du Caire pour les études sur les droits humains (CIHRS), n’a pas le droit de quitter le territoire égyptien depuis mai 2016. L’activiste égyptien est sous le coup d'une enquête judiciaire qui pourrait lui valoir une lourde peine. «Les chefs d’inculpation dont je fais l’objet suffiraient à m’envoyer en prison pour 25 ans», explique-t-il dans une vidéo diffusée lors de la remise du prix Martin Ennals. C’est sa femme qui a fait le déplacement en Suisse pour réceptionner le prix décerné par une dizaine d’organisations internationales comme Amnesty ou Human Rights Watch.

Vidéo de présentation de Mohamed Zaree, mise en ligne sur YouTube par l'Institut du Caire pour les études sur les droits humains, le 10 octobre 2017.


 
Les ONG sous pression
Mohamed Zaree, 34 ans, est accusé de bénéficier de fonds étrangers. Sous la pression des autorités, le siège de son organisation de défense des droits de l’Homme a été transféré à Tunis en 2014. L’activiste égyptien a choisi de rester dans le pays pour mener le combat de la liberté malgré les menaces de mort et les intimidations. Une nouvelle loi promulguée en mai 2017 par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi impose des restrictions sans précédent aux ONG.
 
«Nous sommes comme une alarme»
Le lauréat du prix Martin Ennals ne comprend pas l’acharnement du pouvoir égyptien contre les organisations de défense des droits humains. «Le gouvernement doit savoir qu’il a besoin de la société civile… nous sommes comme une alarme pour le gouvernement. Lorsque les choses ne vont pas bien, c’est qu’il doit changer de politique», précise Mohamed Zaree sans jamais être entendu.

Il s’inquiète de voir que les mesures restrictives ciblent les groupes pacifiques considérés à tort comme une menace.
 
Une protection internationale?
Le président du jury composé d’une dizaine d’organisations internationales, dont Amnesty et Human Rights Watch, a salué «le comportement héroïque» du lauréat alors que «la situation des droits de l'Homme autour de lui est en train de s'effondrer». En décernant le Prix à Mohamed Zaree, la fondation Martin Ennals vise aussi à lui offrir une protection grâce à une reconnaissance internationale.  

La France a d’ailleurs officiellement salué par le biais du ministère des Affaires étrangères l’attribution de cette récompense en rappelant: «Les acteurs de la société civile jouent un rôle central dans le renforcement de la démocratie.»
 
Si «le Nobel des droits de l’Homme» donne plus de visibilité et une dimention internationale, il n’est malheureusement pas une protection. Ainsi, Interrogé par Géopolis, l'Emirati Ahmed Manssor, lauréat 2015, se croyait à l'abri. Pourtant, l'éminent défenseur des droits humains a été renvoyé en prison.


Par Eléonore Abou Ez