En Algérie, le scorpion tue plus que le choléra

Scorpion
Scorpion © AFP

En Algérie, le scorpion tue plus que le choléra

Publié le 13/09/2018 à 13H49

On a beaucoup parlé en Algérie de l’épidémie de choléra qui a frappé cet été une partie du pays. Elle a provoqué la mort de deux personnes, et les réseaux sociaux se sont enflammés. On parle moins en revanche d’un ennemi plus redoutable, le scorpion, qui a déjà tué six personnes rien qu’à Ouargla depuis le début 2018. Chaque année, il tue entre cinquante et cent personnes en Algérie.


Début septembre, le décès d’une jeune enseignante de l’université d’El Oued, suite à une piqure de scorpion, a suscité l’émoi dans le pays. Hospitalisée dix jours à l’hôpital de Ouargla, elle n’avait pu être sauvée. Certains avaient mis en cause une mauvaise prise en charge. Maladroit dans la défense de ses services, le ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, a été raillé sur les réseaux sociaux.


Cette fois, c’est un enfant de quatre ans qui est mort dans la même ville. Un autre est dans le coma, selon les medias locaux. Tous deux piqués par un scorpion. Le sérum est mis en cause sur les réseaux sociaux. Fabriqué en Inde, il serait de mauvaise qualité.

Les enfants sont particulièrement vulnérables. En raison de leurs jeux, ils sont fréquemment piqués et leur faible constitution les rend plus fragiles face au venin. Les enfants représentent 60% des décès.

En juillet 2018, l’Agence de presse APS avance le chiffre de 50 à 100 morts annuels en Algérie, où l’on comptabilise quelque 50.000 piqures. Un fléau important au niveau des wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux, et on constate une extension des morsures aux wilayas du Nord. Les chiffres émanent d’un rapport de l’Institut national de la santé publique (INSP). «Sur le plan épidémiologique, 45.132 piqures survenues dans 39 wilayas et ayant entraîné 58 décès ont été enregistrés en 2017» annonce l’INSP.


En cause, l’insalubrité publique, l’insuffisance de l’éclairage public et le manque d’éducation sanitaire, qui favorisent la prolifération de l’animal, selon les propos d’un médecin recueillis par APS. L’arachnide se nourrit essentiellement d’insectes et il trouvera sa nourriture dans les décharges sauvages. Aussi, la prolifération des scorpions, qui gagne le nord du pays, est à mettre en relation avec le relâchement de l’hygiène publique.
 
L’été 2017, plusieurs opérations ont été initiées à travers la province, révèle APS. Des émissions radiophoniques de sensibilisation ont notamment été tenues par les services de la protection civile. « L’envenimation scorpionique est aisément contrôlable, notamment par l’hygiène», assure le ministère de la Santé. Ainsi, le rapport préconise de protéger les domiciles grâce à l’élevage de poules et de hérissons, redoutables prédateurs du scorpion.

Par Jacques Deveaux