Etats-Unis: Avery Jackson, 9 ans, transgenre et militante

Avery Jackson pose en couverture de National Geographic pour son numéro de janvier 2017.
Avery Jackson pose en couverture de National Geographic pour son numéro de janvier 2017. © National Geographic

Etats-Unis: Avery Jackson, 9 ans, transgenre et militante

Mis à jour le 03/08/2017 à 15H46, publié le 23/12/2016 à 9H57

La petite fille, née dans un corps de garçon, fait la une du magazine «National Geographic» pour son numéro de janvier 2017. Une première (désapprouvée par de nombreux lecteurs) destinée à aborder la révolution de l'identité de genre, sujet encore largement tabou. Avery devient ainsi le symbole de la cause transgenre. Tandis que d'autres s'inquiètent de l'arrivée de Donald Trump au pouvoir.


Les parents d'Avery se souviennent comme si c'était hier du jour où leur fille, alors âgée de 4 ans, leur dit le plus naturellement du monde: «Vous me voyez comme un garçon, vous pensez que je suis un garçon mais moi, au fond de moi, je sais que je suis une fille.» M. et Mme Jackson, passé le moment du choc, décident de se renseigner, d'écouter leur enfant et de lui venir en aide.

C'est ainsi qu'est née Avery. Une gamine «transgenre normale et fière de l'être», selon sa propre description, qui a soudainement découvert combien elle se sentait en accord avec elle-même. «La meilleure chose dans le fait d’être une fille est que, maintenant, je n’ai plus besoin de faire semblant d'être un garçon» dit-elle au magazine.

Des événements qui ont fait d'Avery une petite personne très mature. Déjà présente plusieurs fois dans les médias américains afin de défendre la cause des transgenres, elle prévient qu'il ne faut pas les qualifier de «monstres».

La voici à 7 ans, dans une vidéo filmée par sa mère.


Depuis quelques années, les sujets liés au genre agitent monde politique, associations et médias dans le monde entier. Certains pays sont même très avancés dans la réflexion et l'évolution de la législation sur la question comme la Suède et la Norvège, pour ne citer qu'eux. 

Dans une démarche inédite qui fera sans doute date, le prestigieux mensuel américan National Geographic s'est saisi du thème afin d'en faire un numéro spécial et donner aux lecteurs les clés pour aborder un sujet considéré la plupart du temps comme dérangeant.


Les réactions hostiles ne se sont pas fait attendre, notamment celle de l’American Family Association (AFA), une organisation installée aux Etats-Unis qui promeut des valeurs chrétiennes fondamentalistes.

Susan Goldberg, la rédactrice en chef à l'origine du projet, se justifie: «L’actualité des célébrités est très couverte, mais on ne s’est jamais vraiment intéressé au quotidien de vraies personnes qui font face tous les jours à la transphobie, dans des salles de classe ou sur leur lieu de travail», explique-t-elle à NBC News.

Les personnes vues comme «différentes» sont inquiètes depuis l'élection de Donald Trump
Depuis la victoire du républicain Trump aux Etats-Unis, de nombreuses minorités, dont la communauté homosexuelle et transgenre, montrées du doigt durant une campagne parfois très violente, vivent dans l’angoisse.

Sa prochaine arrivée à la Maison Blanche a d'ores-et-déjà libéré la parole et les actes racistes sur les réseaux sociaux et dans la rue aux Etats-Unis, selon Adam Powers, transgenre et blogueuse. «Pourquoi nous avons peur», écrit-elle dans un Tumblr enrichi de photos d'insultes taguées et de dégradationsde toutes sortes.

«En tant que femme lesbienne latino, je n’ai jamais eu aussi peur pour mon bien-être. Je suis tout ce sur quoi Trump se défoule», s'inquiète une autre Américaine.

Sans compter l'armée à laquelle les transgenres ont eu accès grâce au président sortant Barack Obama. Une modification qui pourrait être remise en cause par l'élu républicain au nom de l'efficacité militaire.

Dans ces conditions, ouvrir le débat sur la place publique sans fausse pudeur n'est pas le moindre des mérites de l'initiative de National Geographic.

Par Véronique le Jeune