Iran: les déboires de la famille Rafsandjani avant le scrutin présidentiel

Alors que la veuve et la fille de l'ancien président iranien défunt, Akbar Hashemi Rafsandjani, ont quitté le pays pour la Grande Bretagne, son frère, Mohammad Hashemi brandit sa pièce d'identité devant les journalistes, après avoir déposé sa candidature à l'élection présidentielle au ministère de l'intéreiur, à Téhéran le 15 avril 2017. 
Alors que la veuve et la fille de l'ancien président iranien défunt, Akbar Hashemi Rafsandjani, ont quitté le pays pour la Grande Bretagne, son frère, Mohammad Hashemi brandit sa pièce d'identité devant les journalistes, après avoir déposé sa candidature à l'élection présidentielle au ministère de l'intéreiur, à Téhéran le 15 avril 2017.  © Fatemeh Bahrami/Anadolu Agency/AFP

Iran: les déboires de la famille Rafsandjani avant le scrutin présidentiel

Mis à jour à 11h22, publié le 19/04/2017 à 11H02

Malgré la disparition de l’ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani en janvier 2017, suite à un malaise cardiaque, son esprit hante la campagne électorale présidentielle en Iran. Selon l’agence Tasnim, proche du camp conservateur, sa veuve et sa fille ont quitté le pays sans explications, tandis que son frère Mohammad s’est porté candidat à la présidence pour le scrutin du 19 mai prochain.

C’est l’agence iranienne Tasnim qui a révélé l’information sur son site en persan, mais pas sur ses versions arabe, turque ou anglaise. Selon cette agence proche du camp conservateur, Effat Marashi, veuve de l’ancien président Rafsandjani décédé brusquement à la suite d’un malaise cardiaque, le 8 janvier 2017, ainsi que sa fille Fatmeh, ont fui le pays le 17 avril 2017.
 
Les Rafsandjani accusés par les conservateurs d'œuvrer pour l'ennemi
Les deux femmes ont quitté Téhéran par l’aéroport Khomeiny à destination de la Grande Bretagne, affirme Tasnim, précisant que la famille et les proches du défunt dirigeant s’étaient abstenus de commenter une telle information.
 
Un voyage «privé, comme elle en a déjà effectué», aurait-elle fait dire, mais qui suscite de nombreuses interrogations, au moment où les conservateurs accusent la famille Rafsandjani, très influente dans le pays, d’œuvrer dans l’intérêt de parties ennemies de l’Iran. Une accusation à laquelle la fille cadette, Faezeh, elle-même défenseuse des droits de la femme dans le pays, a déjà répondu. 

«Si nous devions recevoir des ordres de l’extérieur de l’Iran, nous n’aurions pas besoin de nous rendre à l’étranger, parce que les moyens de communications sont tellement développés désormais que personne n’a besoin de voyager pour communiquer», avait-elle ironisé.

La presse arabe, qui a relayé les informations de l’agence iranienne, ajoute qu’au lendemain du décès d’Akbar Hashémi Rafsandjani, des rumeurs avaient fait état de la volonté de la famille de fuir le pays en raison de désaccords croissants entre elle d’une part, et les gardiens de la révolution et les conservateurs iraniens de l’autre.

Une «fuite» liée à l'élection présidentielle

Pour certains observateurs de l’intérieur du pays cités par Arabi 21, la «fuite» de la famille est liée à l’élection présidentielle et à la crainte de voir Ibrahim Raïssi, le candidat du Guide suprême, remporter le scrutin.

Selon eux, les Rafsandjani redoutent en effet d’avoir à subir de fortes pressions sécuritaires pour leur refus de la politique du Guide, du camp conservateur et des Gardiens de la révolution.

Pour d’autres, toujours selon Arabi 21, les exilées volontaires auraient quitté l’Iran avec, dans leurs bagages, des dossiers sensibles comportant des secrets du régime ainsi que des informations sur le décès «brutal» de l’ancien homme fort du Bazar de Téhéran, et qui continuent de soulever des doutes dans les esprits.

Déboires de la famille et candidature du frère 
Par ailleurs, Mehdi Rafsandjani, troisième enfant sur cinq de celui qui avait été également président et membre de l’Assemblée des experts, est toujours détenu à la prison d’Evin de sinistre réputation.

Il avait été condamné en 2015 à quinze ans de prison pour «corruption» et «atteinte à la sécurité nationale». De son côté, sa sœur Faezeh avait purgé une peine de six mois de prison, entre 2012 et 2013, pour «propagande». Elle avait participé aux manifestations de 2009 contre la réélection contestée de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.
 
Toutefois, les déboires de la famille avec le régime ne semblent pas impressionner Mohammad Rafsandjani. Le frère du défunt président a fait acte de candidature à la présidentielle du 19 mai prochain. En sortant du ministère de l’intérieur où il venait de s’inscrire, il a assuré aux journalistes présents qu’il resterait dans la course, quoi qu’il advienne.  

Par Alain Chemali