L'Afrique des villes: un développement freiné par la pauvreté

Immeubles situés près d'un bidonville à Luanda, capitale de l'Angola, le 30 août 2012.
Immeubles situés près d'un bidonville à Luanda, capitale de l'Angola, le 30 août 2012. © REUTERS - Siphiwe Sibeko

L'Afrique des villes: un développement freiné par la pauvreté

Mis à jour le 07/06/2017 à 11H11, publié le 14/02/2017 à 9H23

Quatre Africains sur 10 vivent dans les villes, qui sont ainsi «vouées à jouer un rôle capital dans la croissance de leur pays», souligne la Banque mondiale. Un taux d’urbanisation équivalent à ce qui se passe en Asie et au Proche-Orient. Mais dans ces pays, le PIB est 3,6 fois plus important que sur le continent noir. Lequel n’a ainsi pas les moyens de répondre aux besoins des zones urbaines.


La population urbaine de l’Afrique «va doubler au cours des vingt-cinq prochaines années, pour atteindre un milliard d’habitants», estime la Banque mondiale dans un rapport intitulé Ouvrir les villes africaines au monde. Mais les moyens financiers ne sont pas suffisants pour répondre à cette urbanisation à marche forcée. Au Moyen-Orient et en Extrême-Orient, le PIB par habitant a ainsi doublé entre 1968 et 1994, à 3600 dollars. En Afrique, il n’est aujourd’hui que de 1000 dollars.

«Ce phénomène d’urbanisation rapide couplé à un niveau de richesse inférieur signifie que le montant des investissements productifs dans les villes africaines est resté relativement bas au cours des quatre dernières décennies (autour de 20% du PIB). Au contraire, les pays d’Asie de l’Est (Chine, Japon et République de Corée) ont intensifié ces investissements durant leur essor urbain», souligne la Banque Mondiale.

Un exemple: les infrastructures de transport dans les cités du continent noir sont sous-financées. Conséquence: les zones urbaines restent mal desservies. «Les frais de transport quotidiens pour ceux qui travaillent sont élevés, voire prohibitifs, sachant par ailleurs que les systèmes de minibus informels sont loin d’être économiques.»

«Trappe de sous-développement»
Les dépenses de logement sont, elles aussi, très élevées. Elles sont «supérieures de 55% à celles observées dans d’autres régions», ce qui favorise le surpeuplement, la construction de bidonvilles et «une expansion continue des implantations sauvages». Dans le même temps, les denrées alimentaires y sont 35% plus chères que dans des régions comparables ailleurs dans le monde.

Autant d’obstacles qui plombent le développement des villes africaines. Et les enferment dans un cercle vicieux. Celles-ci se retrouvent «prisonnières d’un mode de croissance qui entrave le développement économique», constate la Banque Mondiale. Tout en détournant «les investisseurs régionaux ou mondiaux et partenaires commerciaux potentiels».

Comment alors libérer les cités d’Afrique de ce que le rapport appelle la «trappe de sous-développement»? «La première priorité consiste à régulariser les marchés fonciers, clarifier les droits de propriété et instituer des politiques efficaces d’aménagement urbain afin de rassembler les territoires», répond l’institution financière internationale. Autre priorité: «Investir tôt et de manière coordonnée dans les infrastructures, afin de relier ensemble tous les éléments du développement urbain, résidentiel, commercial et industriel.» Dans le cas contraire, les villes du continent noir risquent de rester à l’écart du reste du monde, cantonnées à leurs marchés locaux. 

Par Laurent Ribadeau Dumas