L’Europe doute de son avenir, 60 ans après le traité de Rome

Signature du Traité de Rome, le 25 mars 1957 au Capitole, à Rome. Les ministres des «Six» signent les traités instituant la Communauté économique européenne (CEE).
Signature du Traité de Rome, le 25 mars 1957 au Capitole, à Rome. Les ministres des «Six» signent les traités instituant la Communauté économique européenne (CEE). © AFP/photo

L’Europe doute de son avenir, 60 ans après le traité de Rome

Publié le 25/03/2017 à 9H34

Le 25 mars 1957 était signé le traité de Rome, l’acte fondateur de la Communauté économique européenne. 60 ans plus tard, l’Europe est dans une crise existentielle. Le Royaume-Uni prépare sa sortie, la convergence économique annoncée n’a pas eu lieu. La crise migratoire et des réfugiés ont failli faire imploser l’union. Même la guerre qui avait épargné le continent fait son retour à l'Est.


L’idée européenne est née de la volonté de garantir la paix après les dizaines de millions de morts lors des deux grands conflits mondiaux. Après ce «suicide européen», Winston Churchill est le premier à parler en 1946 «des Etats-Unis d’Europe».

Depuis l'éclatement de la Yougoslavie, l'Europe est en Paix. Les conflits violents semblaient derrière nous. Mais avec l’annexion de la Crimée, la guerre dans l'est de l'ukraine et la démonstration de force de Moscou en Syrie, la Russie inquiète aujourd'hui les Européens.
 
Le Vieux continent compte toujours sur la protection active et concrète de l’Otan à un moment ou les Etats-Unis sont tentés par l’isolationnisme et de plus en plus réticents à financer la défense de l’Europe. Une Europe de la défense semble un objectif incertain et lointain. C’est la France gaulliste (avec les communistes) qui avait refusé en 1954 l’ébauche d’une Communauté européenne de la défense.  
 
Depuis, le monde à changé. Il n’est plus centré sur l’Europe ou les Etats-Unis, comme au siècle dernier. La Chine, l’Inde et les grands pays émergents veulent leur place et refusent la domination occidentale. L’Europe, elle, est menacée par le retour du nationalisme, de l'expansionnisme russe et par l'émergence du terrorisme islamiste. Le débat sur une défense européenne fait un retour remarqué. Mais si des coopérations renforcées sont évoquées, personne ne veut une véritable armée fédérale européenne.
 
Crise des réfugiés
La crise migratoire et celle des réfugiés syriens ont failli faire imploser l’Europe. Laquelle a dû composer avec le refus de plusieurs pays de participer au plan de relocalisation des réfugiés, présenté par la Commission européenne en septembre 2015. Les quatre Etats du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) ont engagé un véritable bras de fer avec Bruxelles visant à enterrer la relocalisation obligatoire des réfugiés.
 
«Les Européens n’ont pas réussi pendant toutes ces années à harmoniser entre eux le droit d’asile ni à élaborer une politique commune de l’immigration cogérée avec les pays de départ et de transit. Le drame syrien et ses conséquences migratoires ont donc fait éclater leurs contradictions», affirme l’ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine.
 
La réaction des Européens à la crise des réfugiés aura tout de même abouti à quelques avancées en 2016. La création de l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (EBCG) est sans doute la principale. Remplaçant Frontex, organe européen aux compétences jugées trop limitées, cette nouvelle agence a pour but de mettre en commun les moyens des Etats membres pour mieux surveiller et contrôler les frontières extérieures de l'UE.

INA/France 3. Reportage 2007


Union économique : les doutes
Pour Jean Monnet, la paix en Europe devait commencer par l’intégration économique. Le traité de Rome signé en 1957 a jeté les bases d’un marché commun.

Aujourd’hui, les Européens peuvent circuler d’un pays à l’autre sans contrôle, avec la même monnaie dans la zone Euro. Il est possible pour les citoyens d’aller s’établir et de travailler n’importe où dans l’UE sans contraintes, tandis que les entreprises bénéficient d’un marché unique basé sur des normes communes.
 
L’Europe est devenue la première puissance économique mondiale et peut parler d’égal à égal avec les autres grandes puissances, Etats-Unis, Chine, Inde. Pourtant, l’intégration économique, qui devait faire converger les économies européennes, a en partie échoué.

La zone euro, caractérisée par la disparition des taux de change et la libre circulation des biens et des capitaux, favorise naturellement la spécialisation régionale, avec des gagnants et des perdants. L’économie allemande et ses machines outils était mieux placée pour en profiter que l’espagnole, l’italienne ou la française.

De plus, la crise financière américaine de 2008 a débouché sur une interminable politique d’austérité en Europe. L’euro a chancelé avec la crise grecque. Il ne survivrait pas à une sortie de la France ou de l’Italie. Ce serait la fin de la monnaie unique et du rêve européen.
 
Une union économique inachevée
A la différence des Etats-Unis, il n’y a pas de fédéralisme fiscal européen. Le budget de l’UE ne représente que 1% du PIB de l’Union. Cela rend difficile toute politique sérieuse de transferts des régions les plus riches vers les régions plus pauvres.

Le traité de Maastricht promettait aux citoyens des Etats membres davantage de croissance, de prospérité et de bien-être. 25 ans après, les pays de l’Union européenne élaborent toujours leurs stratégies de politiques économiques sur une base nationale.

Dans un système de monnaie unique, les ajustements ne s’effectuent plus par l’inflation et la dévaluation, mais par des faillites d’entreprises et le chômage. Une union monétaire sans union fiscale ni budget européen a montré ses limites. 

Si les Etats-nations n’ont plus vraiment de prises sur la mondialisation, l’Europe n’a pas tout à fait la preuve de sa puissance et de sa solidarité. Après 60 ans d’existence, elle se trouve au milieu du gué. Alors, stop ou encore?
 

Par Michel Lachkar