La colère des journalistes de la télévision publique tunisienne

Intervention du président Beji Caid Essebsi à la télévision tunisienne dans un café en 2017.
Intervention du président Beji Caid Essebsi à la télévision tunisienne dans un café en 2017. © Yassine Gaidi / ANADOLU AGENCY

La colère des journalistes de la télévision publique tunisienne

Mis à jour à 13h57, publié le 19/12/2017 à 13H37

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a appelé les journalistes de la télévision tunisienne à porter un brassard rouge, le mardi 19 décembre, et à observer un sit-in devant le siège de la télévision publique. L'organisation proteste notamment contre le flou qui réside à la tête de l'entreprise publique.


Il n’y a pas qu’en France où les relations entre le gouvernement et les journalistes de l'audiovisuel public sont parfois difficiles. En effet, le SNJT dénonce, dans un communiqué, l’«immixtion» de la direction de la télévision, directement et indirectement, dans le traitement de l’information et dans la production, ce qui porte atteinte aux principes fondamentaux de la télévision du service public, dont la neutralité, et au droit d’accès à l’information.


Le syndicat invite le gouvernement à rompre avec «les nominations provisoires qui durent». Ceci contribue à influer sur le rendement de la télévision et consacre le flou autour de sa politique rédactionnelle, estiment les représentants des journalistes.

Il l’appelle aussi à assumer ses responsabilités et à choisir un PDG selon l’avis conforme de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA, le CSA local). Les journalistes reprochent au pouvoir tunisien de ne pas avoir de vision pour la télévision publique. «Il faut couper cours à la politique de désignation provisoire appliquée par le gouvernement à la tête de la Télévision tunisienne. Nous appelons le gouvernement à faire un appel à candidatures pour la présidence de l’institution. Le président doit aussi être approuvé par la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle», rappelle le syndicat.

Cette autorité indépendante (la HAICA) dirigée par un conseil composé de neuf membres indépendants, nommés par le président de la République sur proposition de différentes instances professionnelles, pour un mandat unique de six ans, avec renouvellement du tiers des membres tous les deux ans, a été créée en 2013.  Elle doit donner un avis conforme sur la nomination à la tête de la télévision publique.


Or, le gouvernement a limogé en juin 2017 le PDG de la télévision publique en raison d’un incident lors du journal télévisé. La Haute autorité s’était dite surprise par cette décision. Depuis, une nouvelle direction a été nommée. Mais cette nomination «par intérim» dure, ce qui provoque la colère du syndicat SNJT.

Cette crise met en lumière les difficultés rencontrées par la télévision publique tunisienne qui est accusée d'«effectifs pléthoriques, indiscipline, absence de règles claires de gestion et de traitement équitable, multiplication des baronnies, toutes hégémoniques, clivages politiques, dérive financière, et surcoûts excessifs...», selon le journal Leaders. 

Par Pierre Magnan