La crise de l'eau s'installe en Afrique du Nord et menace les populations

Distribution d'eau au Sahara occidental en 2010.
Distribution d'eau au Sahara occidental en 2010. © Reuters

La crise de l'eau s'installe en Afrique du Nord et menace les populations

Mis à jour à 10h53, publié le 07/12/2017 à 10H36

Il y a peu, des mouvements sociaux éclataient au sud du Maroc. On les a appelés les «manifestations de la soif». Les femmes sont descendues dans la rue pour réclamer l’accès à l’eau pour tous. Car au Maroc, comme dans d’autres pays, non seulement l’eau est rare, mais sa gestion est archaïque. Un rapport de la Banque mondiale confirme le stress hydrique qui touche l’Afrique du Nord.


On s’attendrait plutôt aux régions du Sahel. Pourtant, «la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord est, de toutes les régions du monde, celle où les ressources en eau sont les plus rares», explique la Banque mondiale. Le rapport de son Pôle mondial d’expertise en eau précise que, dans cette sous-région, 60% de la population sont concernés par ce stress hydrique. Il ne s’agit pas seulement d’une affaire de santé. L’économie également est à la merci de cette rareté. 70% du PIB des pays de cette région sont localisés dans les zones de très fort stress hydrique. Au niveau mondial, ce niveau n’est plus que de 22%.

L’eau, ressource très convoitée
Or, souligne le rapport, des nouvelles difficultés viennent s’ajouter à un manque d’eau récurant depuis des millénaires. Désormais on parle des eaux transfrontalières, des droits d’usage, du respect de l’amont du fleuve pour l’aval. Ainsi l’Egypte s’inquiète de la construction du barrage Grand Renaissance sur le Nil en Ethiopie  La gestion de l’eau elle-même se complexifie. A la fois source d’énergie qu’il faut stocker, mais également élément indispensable à l’agriculture et partie prenante dans le process industriel.

Lutter contre le stress hydrique, selon la Banque mondiale, n’est pas une mince affaire, et cela est source de tensions. Il en va ainsi de la notion de partage de la ressource. 80% de l’eau, contre 70% à l’échelle mondiale sert à l’agriculture. Ce pourcentage devra s’équilibrer, notamment au profit des zones urbaines.

Or déjà, l’organisme met en garde contre une consommation actuellement supérieure à l’offre. Face à la baisse des eaux de surfaces, pour boucler la boucle, on pompe dans la nappe phréatique et, pire encore, dans les aquifères fossiles qui ne sont pas renouvelables. En Libye, l’eau provient quasi exclusivement des nappes phréatiques.
  
Investir
L’investissement dans la technologie est aussi un chapitre très important. Il concerne le réseau pour un approvisionnement de qualité, sans pertes. Il convient également d’assainir les eaux usées pour alimenter, par exemple, l’agriculture et l’industrie. Plus de la moitié des eaux usées ne sont pas collectées et 57% des eaux usées collectées sont rejetées dans l’environnement sans avoir été traitées, précise le rapport. Le prix de l’eau, paradoxalement bas malgré la pénurie, devra assurer cette montée en puissance technologique. Le consommateur sera perdant et les pouvoirs publics devront veiller à protéger les plus pauvres.

Par Jacques Deveaux