La France, premier marché des contrebandiers algériens de cigarettes

Un véhicule quitte les locaux du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) d'Oloron-Sainte-Marie dans les Pyrénées-atlantiques.
Un véhicule quitte les locaux du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) d'Oloron-Sainte-Marie dans les Pyrénées-atlantiques. © IROZ GAIZKA / AFP

La France, premier marché des contrebandiers algériens de cigarettes

Publié le 09/11/2018 à 10H54

Il voulait franchir les Pyrénées à pied, portant un chargement de cigarettes. Pris dans la tempête de neige, il a été secouru en état d’hypothermie près de la frontière andorrane. Il est décédé quelques jours plus tard. Ce tragique fait divers met en lumière l’importance croissante de la contrebande de tabac dont l’Algérie est devenue spécialiste.


Le 29 octobre, les gendarmes du PGHM d’Osseja, non loin d’Andorre, viennent effectuer des investigations suite au décès de ce jeune homme. Ils tombent sur un groupe d’individus qui prend la fuite. Lors de la fouille organisée dans la zone, les gendarmes découvrent un colis enfoui sous la neige. Il contient 100 cartouches de cigarettes…

Le colis en question est équipé de bretelles rembourrées pour être porté à dos d’homme. La signature classique des contrebandiers qui franchissent la montagne. Ils n’hésitent pas à affronter le froid, voire la neige, comme lors de cet accident. Un trafic de fourmis mené par des «randonneurs-passeurs» qui empruntent des sentiers de montagne afin d’éviter les douaniers. Plusieurs heures de marche depuis l’Espagne, ou Andorre.

«Go Slow»
Les parents de la victime reconnaîtront le corps. C’est celui d’un jeune Algérien de 20 ans. «Ce n’est pas un trafiquant…C’est un passeur», dit de lui le procureur de Perpignan. «Les trafiquants, ce sont ceux qui profitent de ces gens faibles, qui sont dans la misère et qui sont prêts à prendre tous les risques pour quelques dizaines d'euros», explique Jean-Jacques Fagni à France 3.
 
L’Algérie est la tête de pont de ce trafic qui ne cesse de grossir au gré de l’augmentation des prix en France. D’un côté de la Méditerranée, le paquet est à 8 euros. De l’autre côté, à Alger, un paquet de Marlboro coûte entre 1,30 et 1,40 euros. Un prix qui permet de rétribuer facilement la filière: du passeur au vendeur.

Le ferry, roi des passeurs
Le journal l’Expansion cite une enquête publique commandée par les producteurs de tabac. Elle indique que près de 3 milliards de cigarettes algériennes ont été écoulées en France en 2014, près de trois fois plus qu’en 2012.
A Marseille, près de 20% des cigarettes fumées viennent d’Algérie. La filière de base, c’est le bateau. Les cartouches descendent du ferry, au rythme du déchargement des voitures.

Eparpillement du trafic
«Mais beaucoup de trafiquants sont devenus prudents. A présent, ils fractionnent leur trajet et transitent par l'Espagne ou le Portugal avec des valises pleines de cartouches», écrit l’Express.

Le quotidien Midi Libre rapporte le démantèlement d’un réseau à Montpellier en septembre 2018: six protagonistes qui auraient organisé une vingtaine de voyages vers l’Espagne ou Andorre «afin d’importer illégalement du tabac, notamment algérien, jusqu’à Montpellier». C’est le principe du trafic: petit et discret.

Par Jacques Deveaux