Le prince Charles cherche une issue de secours au Brexit, en Afrique

Charles, prince de Galles, et des chefs coutumiers au Nigeria, le 6 novembre 2018.
Charles, prince de Galles, et des chefs coutumiers au Nigeria, le 6 novembre 2018. © AFOLABI SOTUNDE / POOL / AFP

Le prince Charles cherche une issue de secours au Brexit, en Afrique

Mis à jour à 16h02, publié le 08/11/2018 à 13H50

Les tribulations du prince Charles et son épouse la duchesse de Cornouailles Camilla, entre Ghana, Gambie et Nigeria ne relèvent pas du voyage d’agrément. Mais de l’envoi d’un signal fort à destination des pays du Commonwealth. Avec pour objectif de compenser une sortie britannique de l'Union européenne, autrement dit, un remède post-Brexit.


Un marché et des intérêts communs
Regroupement des anciens pays ayant été colonisés par la Grande-Bretagne, le Commonwealth (mot que l'ont peut traduire par «richesse commune», «bien commun») en quelques chiffres, donne le tournis. Ce sont 53 pays repartis sur tout le globe, dont 19 sur le seul continent africain. Ce sont aussi 2,4 milliards d’habitants, dont le deuxième pays le plus peuplé du monde, l’Inde, et celui plus peuplé d’Afrique, le Nigeria, qui compte 180 millions d’habitants, soit en tout un tiers de la population mondiale. Si certains comme l’Inde sont déjà bien émergents, beaucoup d’autres ne le sont pas, pas encore diraient les Britanniques. D’ailleurs, ils se verraient bien y devenir le principal investisseur à court terme.

Resserrer les liens
Car c’est bien là le calcul que semblent faire la reine et le gouvernement de Grande-Bretagne: exploiter un fort potentiel vers lequel exporter et duquel importer de façon privilégiée. D’où ce royal déploiement tous azimuts, qui a commencé avec William en éclaireur au Canada, Harry et Meghan envoyés ensuite séduire les antipodes, à savoir l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les îles Fidji et Tonga. Et maintenant, ce voyage de l’héritier du trône, Charles, mais surtout du successeur de la reine, proposé par celle-ci pour lui succéder à la tête du Commonwealth, fonction disjointe de la couronne. Tous ces voyages se font sans ostentation, dans l’humilité et le respect, car ce sont autant de pays à qui il ne faut pas donner l'impression d'être là en colonisateur, mais en ami.

Le Brexit en toile de fond
L’idée sous-jacente serait de compenser la sortie de l’Angleterre de l’UE et de rediriger ses échanges commerciaux avec ses partenaires du Commonwealth. Des pays comme le Ghana, qui se contentaient d’une aide britannique régulière et constante, préféreraient eux aussi devenir des partenaires commerciaux sans rapport de sujétion. Le ministre britannique du Commerce international, Liam Fox, ne dit pas autre chose quand il assure que son gouvernement est déterminé à «renforcer (sa) relation commerciale post-Brexit avec (ses) partenaires du Commonwealth». Malgré des pays de poids comme l’Inde, l’Australie, le Canada ou l’Afrique du Sud, seuls 8,5% des exportations britanniques vont vers les 53 pays du Commonwealth.

Tout est là, pas sûr que cela suffise...
La baronne Patricia Scotland, membre de la Chambre des Lords et secrétaire générale du Commonwealth, affirme à la BBC que «le fait que tous ces pays parlent la même langue, aient les mêmes opportunités politiques en termes de démocratie et d'institutions et partagent le même droit commun, c'est une véritable plate-forme pour aller de l'avant. Et je ne pense pas que le monde ait moins besoin du Commonwealth aujourd'hui qu’auparavant». Et c’est d’autant plus vrai avec la sortie britannique de l’Union européenne. Pourtant en 2016, parmi ses quinze principaux partenaires commerciaux, aucun n’appartenait au Commonwealth. 43% des exportations britanniques vont vers l’Union européenne.

Les efforts pour se tourner vers les pays du Commonwealth n’augurent pas forcément de perspectives commerciales radieuses…

Par Frédérique Harrus avec AFP