Les difficultés du Nigeria à endiguer une démographie «exponentielle»

Une famille nombreuse quitte la mosquée à Kano, lors de l'Aïd, en septembre 2017.
Une famille nombreuse quitte la mosquée à Kano, lors de l'Aïd, en septembre 2017. © AMINU ABUBAKAR / AFP

Les difficultés du Nigeria à endiguer une démographie «exponentielle»

Mis à jour à 14h38, publié le 30/10/2018 à 14H35

Avec une population de plus de 190 millions d’habitants et un taux de fécondité de plus de 5 enfants par femme, le Nigeria est le pays le plus peuplé d'Afrique. Au niveau mondial, il occupe la 7e place. L'ONU estime qu'en 2050, avec 433 millions d'habitants, il se hissera à la 3e place, derrière l'Inde et la Chine. Une performance qui représente une préoccupation majeure pour les pouvoirs publics.


La limitation des naissances au Nigeria occupe désormais une place centrale dans les têtes des autorités. Mais communiquer sur la question n'est pas chose aisée et, en ce domaine, les responsables marchent sur des œufs.

La croissance du pays potentiellement mise à mal
Ainsi, s'exprimant en marge d'un sommet économique le 23 octobre 2018 à Abuja, la ministre des Finances Zainab Ahmed a affirmé que des consultations sont en cours avec les leaders traditionnels encore très influents dans le pays, ceux-là même qui s'étaient par le passé opposés au contrôle des naissances pour des raisons morales et religieuses.

Allusion à la tentative, il y a 30 ans déjà, du président Ibrahim Babangida (1985-1993) qui voulait instaurer une politique de planning familial et qui avait échoué face au refus des représentants chrétiens et musulmans au nom d'intangibles valeurs religieuses et culturelles.

Aujourd'hui, Mme Ahmed pense que le moment est venu de remettre l'ouvrage sur le métier et de se montrer optimiste. «Nous espérons qu'avec leur soutien, nous parviendrons à définir une politique qui limite le nombre d'enfants qu'une mère peut avoir, parce que c'est important pour soutenir notre croissance», a-t-elle déclaré.

Des propos qui n'ont pas eu l'écho espéré et qui, au contraire, ont suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Le lendemain, Mme Ahmed rétropédalait.

Le choix des mots
«Nous n'avons jamais dit que le gouvernement fédéral allait plafonner le nombre de naissances», s'est-elle emportée sur Twitter où elle a précisé que le gouvernement n'était pas en faveur d'une réduction des naissances mais plutôt d'un «espacement des naissances», présenté comme un gage de bonne santé pour les mères.

«La croissance exponentielle de la population a été identifiée comme un défi», s'est justifiée la ministre.


Les enfants, un «don de Dieu»
Cité par le site marocain Le360afrique.com, l'ex-président Goodluck Jonathan (2010-2015) expliquait ainsi les réticences de ses concitoyens: «Nous sommes un peuple très religieux (...), chrétiens comme musulmans, ainsi que traditionnalistes et autres religions croient que les enfants sont des dons de Dieu (...). Aussi est-il difficile pour un Nigérian de compter le nombre de ses enfants (...) car il ne doit pas rejeter un don de Dieu».

Voilà la conclusion apportée par le dirigeant lorqu'en 2012, il avait déclenché un tollé en affirmant que les Nigérians ne devraient pas avoir plus d'enfants que ce que leurs moyens leur permettent pour les élever et les éduquer.
 
Un important chômage chez les jeunes
Première économie d'Afrique, premier producteur de pétrole du continent, le Nigeria est aussi le pays dont la population croît le plus rapidement, selon le rapport 2017 des Nations unies sur les «Perspectives de la population mondiale».

Ce sujet fait régulièrement débat dans une région où le chômage des jeunes atteint des records, tout comme la violence et le taux de délinquance. Sans compter la demande d'adaptation continue des services de santé et d'éducation.

En 2018, les partisans d'un contrôle des naissances sont toujours minoritaires dans la société nigériane.

Par Véronique le Jeune