Les vacances sont là et en Tunisie, les touristes reviennent

Touristes lors d'une séance d'aérobic dans un hôtel de Sousse le 29 septembre 2017.
Touristes lors d'une séance d'aérobic dans un hôtel de Sousse le 29 septembre 2017. © REUTERS/Zoubeir Souissi

Les vacances sont là et en Tunisie, les touristes reviennent

Mis à jour à 15h46, publié le 12/07/2018 à 14H21

Au premier semestre 2018, la fréquentation touristique en Tunisie a nettement augmenté par rapport à la même période de l'année précédente, selon le ministère du Tourisme. Le signe d'une reprise après plusieurs années difficiles qui ont suivi la révolution de 2011. Un attentat, qui a tué six policiers le 8 juillet 2018 à la frontière algérienne, ne semble pas avoir modifié la donne.


Le nombre d'arrivées aux frontières de la Tunisie s'est monté à 3,2 millions sur les six premiers mois de l'année, en hausse de 26% par rapport au premier semestre de 2017. Le nombre de touristes dépasse même les 2,9 millions enregistrés sur cette période en 2010. Une année de référence pour le tourisme tunisien dans la mesure où elle précède le mouvement révolutionnaire de janvier 2011. Celui-ci a été suivi d’une importance crise économique, liée à l’instabilité politique, et dont la Tunisie n’est toujours pas sortie.

Ces chiffres n’en marquent pas moins une reprise remarquée après plusieurs années très difficiles aggravées par les attentats de 2015 contre le musée du Bardo à Tunis et un hôtel de la station balnéaire de Sousse sur le littoral méditerranéen.

Le tourisme (de masse) est un secteur clef de l’économie tunisienne. Avant la crise, il générait «environ 7% du PIB, 13% à 14 % des emplois (directs et indirects) et représentant un débouché pour de nombreux secteur (agriculture et agroalimentaire notamment)», explique un document de la direction générale du Trésor français.         

Pour le premier semestre 2018, les recettes de l’activité ont dépassé 1,2 milliard de dinars (420 millions d'euros), en hausse de 46% sur un an. Elles retrouvent ainsi un niveau comparable à celui de 2010 (1,3 milliard de dinars). Pour autant, l’activité reste touchée par l’importante dépréciation du dinar ces deux dernières années: la devise tunisienne s'échange à plus de trois dinars l'euro, contre deux environ en 2010.
           
En revanche, le nombre de nuitées est resté bien en deçà de ce qu'il était avant la révolution, à 7,9 millions pour la période du 1er janvier au 20 juin. Soit 39% de plus que sur la même période en 2017, selon le ministère. Mais le résultat reste bien inférieur aux 13,6 millions de nuitées enregistrées en 2010 sur l'ensemble du premier semestre.
           
Nouvelles craintes ?
Une attaque djihadiste a coûté la vie à six policiers tunisiens le 8 juillet à la frontière algérienne. Même si cette région est bien éloignée du littoral, l’attaque fait craindre pour la reprise du tourisme, favorisée par une accalmie sécuritaire ces deux dernières années. Mais pour Jean-Pierre Mas, président d’Entreprises du Voyage, organisme représentant les agences de voyage françaises, celles-ci n'ont «perçu aucune réaction» de la part de vacanciers devant ou voulant se rendre en Tunisie. «Je pense qu'il n'y aura pas d'incidence sur la fréquentation touristique cet été car cela a été très faiblement médiatisé. La plupart des vacanciers ont de toute façon déjà réservé leur séjour», conclut-il.

Touristes sur l'avenue Bourguiba, dans le cœur de Tunis, le 4 août 2017... Touristes sur l'avenue Bourguiba, dans le cœur de Tunis, le 4 août 2017... © REUTERS/Zoubeir Souissi


Polémique
Ce nouvel afflux de touristes européens, au pouvoir d’achat élevé, se fait-il au détriment de visiteurs venus du Maghreb, moins fortunés? L’affaire a ainsi vu naître une polémique… en Algérie. Le secrétaire général adjoint du Syndicat national des agences de voyage a affirmé au journal Ennahar (cité par le site alg24.net) que «de nombreux hôtels (tunisiens) ont instruit leurs personnels de ne plus recevoir les familles algériennes et tunisiennes». «Une forte reprise des touristes européens, cette année, est à l’origine de cette nouvelle politique», ajoute-t-il.

Réponse du directeur du bureau d’Alger de l’Office national du tourisme tunisien, Foued Eloued, sur le site maghrebemergent.info: «Les informations qui circulent dans certains médias en Algérie à propos d’une augmentation de 30% des tarifs de réservation, y compris celles faites à l’avance, ainsi que le renvoi de certaines familles algériennes, n’ont aucun fondement.» Il n’y «aucune annulation de réservation faites par des agences algériennes ou tunisiennes». Ce responsable précise que 905.903 Algériens se sont rendus en Tunisie au cours des six premiers mois de 2018.

En 2015, à la suite des attentats, les réseaux sociaux avaient fourmillé de messages d’Algériens promettant aux Tunisiens, par solidarité, de les «envahir» pour remplacer les touristes européens qui avaient déserté le pays. Au cours de l’été, 8000 ressortissants algériens avaient alors franchi chaque jour la frontière pour se rendre en Tunisie, selon Géopolis.

Par Laurent Ribadeau Dumas