Liberia: avec « Mama Ellen», ça n’a pas vraiment changé pour les femmes

La présidente Ellen Johsnon Sirleaf ou «Mama Ellen» lors d'une rencontre avec des membres du programme Women in Peacebuilding (le réseau des femmes pour la paix) à Monrovia, le 5 novembre 2011.
La présidente Ellen Johsnon Sirleaf ou «Mama Ellen» lors d'une rencontre avec des membres du programme Women in Peacebuilding (le réseau des femmes pour la paix) à Monrovia, le 5 novembre 2011. © Luc Gnago/ Reuters

Liberia: avec « Mama Ellen», ça n’a pas vraiment changé pour les femmes

Publié le 10/10/2017 à 9H32

Les électeurs libériens sont appelés aux urnes, ce 10 octobre 2017, pour choisir un successeur à Ellen Johson Sirleaf. La présidente sortante est la première femme élue chef de l’Etat en Afrique. Après deux mandats successifs, elle laisse un bilan mitigé sur son action en faveur des femmes.


«Nous n’avons pas travaillé suffisamment fort pour la parité… Cela m’attriste car je représente une brèche dans le plafond de verre en Afrique.» Dans une une interview à la chaîne américaine CNN, Ellen Johson Sirleaf est la première à admettre que ses deux mandats successifs n’ont pas permis d’assurer une représentation paritaire des femmes dans la vie politique. Sur les 20 candidats à la présidentielle de 2017, on trouve une seule femme. Pour les législatives, les candidates sont tout aussi rares et ne représentent que 16% sur les listes électorales.

Pas de quota en politique
Malgré son soutien symbolique aux candidates lors des élections générales, la présidente sortante ne s’est pas franchement impliquée pour renforcer le rôle de la femme en politique. Ellen Johson Sirleaf est restée sourde aux appels en faveur de quotas dans les partis politiques. «Sa présidence a réellement servi les intérêts d’un petit groupe d’élite et d’hommes en politique en confirmant les normes patriarcales qui ont toujours prévalues», souligne la féministe Korto Reeves Williams dans une tribune publiée sur le site qatari Al Jazeera.

Pas de révolution en éducation
Sur le plan de l'éducation, Ellen Johson Sirleaf a lancé un vaste programme national pour l’éducation des filles juste après sa première élection en 2005. Mais plus de 10 ans après, le Liberia était considéré en 2016 comme le plus mauvais élève en matière de scolarisation, selon l’Unicef, notamment pour les filles. Plus d’une fille sur deux reste privée d’école. Malgré quelques initiatives, les résultats en matière d’éducation et de parité sont en deçà des attentes.

Silence sur l’excision
Les féministes et plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme reprochent à la présidente sortante de ne pas avoir eu le courage d’interdire l’excision. Cette mutilation génitale féminine est toujours pratiquée dans le pays et concerne 66% des filles. La question reste taboue et n’a pas été intégrée dans une loi concernant les violences faites aux femmes. «Le Liberia ne peut pas se permettre de faire des déclarations pour faire semblant de faire quelque chose, sans suivre et mettre de bonnes mesures en place, qui favorisent et protègent les droits de ses filles», écrivait dans une tribune au journal britannique The Guardian la féministe Mary Wandia.

Une loi contre le viol mais...
La présidente sortante s’est néanmoins attaquée au viol devenu une arme pendant la guerre civile. Ellen Johnson Sirleaf a mis en place de nouvelles lois avec la création d’une cour de justice spécifique et le lancement d’une unité féminine de police. Mais malheureusement, l’application de cette loi est restée limitée. Le seul tribunal traitant des violences faites aux femmes se trouve dans la capitale Monrovia, ce qui le rend inaccessible à la majorité des femmes libériennes.

Si Ellen Johson Sirleaf a été saluée comme une icône féministe dès sa première élection en 2005, elle semble aujourd’hui avoir déçu ceux et celles qui pensaient qu’une femme pouvait faire plus pour la reconnaissance des droits des femmes. Ellen Johnson Sirleaf a la lucidité de reconnaître qu’elle n’a pas suffisamment agi en faveur de la parité. La première femme élue présidente en Afrique se contente de mettre en avant son bilan en matière du maintien de la Paix. Elle avait d'ailleurs obtenu en 2011 le Prix Nobel de la Paix conjointement avec une militante féministe Leymah Gbowee.

Par Eléonore Abou Ez