Madagascar: les enlèvements, une activité en pleine expansion

Policiers malgaches en faction devant l'ambassade de France à Antananarivo, le 24 octobre 2013. 
Policiers malgaches en faction devant l'ambassade de France à Antananarivo, le 24 octobre 2013.  © AFP - Alexandre Joe

Madagascar: les enlèvements, une activité en pleine expansion

Mis à jour à 22h13, publié le 14/04/2017 à 17H00

Un adolescent français d’origine indo-pakistanaise (Karana) a été enlevé le 11 avril 2017 à Antananarivo, capitale de Madagascar. Les Karanas, communauté très active dans l’économie locale, sont souvent visés par des rapts. Depuis 2010, 90 d’entre eux ont été enlevés. D’une manière générale, les kidnappings sont devenus une pratique très courante dans ce pays très pauvre.


L’enlèvement de Firoze Nourbhay, fils du propriétaire de l’entreprise de commerce Eden Textiles, âgé de 16 ans, a été kidnappé alors qu’il s’apprêtait à prendre le bus scolaire à la sortie du lycée français de la capitale. «Un rapt des plus audacieux», raconte le site de L’Express de Madagascar.

Les ravisseurs, au nombre de cinq, étaient armés de kalachnikovs et de pistolets, rapporte ce quotidien. Ils ont tenu en respect sept policiers (selon un témoin), qui se trouvaient sur les lieux pour surveiller la circulation. Après avoir contraint Firoze Nourbhay à monter dans leur véhicule, les truands ont pris la fuite en tirant sur les policiers. L’un d’eux a été légèrement blessé. La victime et ses ravisseurs «restent introuvables jusqu'à maintenant», a indiqué un porte-parole de la police malgache.

Les membres de la communauté indo-pakistanaise de Madagascar sont fréquemment visés par des gangs. «Depuis 2010, 90 Français d’origine indienne», ont été enlevés, précise RFI.

Dans un communiqué, cité par l’AFP, un collectif des Français d'origine indienne de Madagascar (CFOIM) a dénoncé «la violence croissante» qui les visent. «La situation est grave. Il ne se passe plus une journée sans que la communauté soit touchée», ajoute le texte.

Les Karanas, communauté particulièrement touchée
Une communauté concernée par des enlèvements depuis de nombreuses années. En 2003, RFI signalait que six de ses membres avaient été victimes de kidnappings en deux mois. Un jeune d’une vingtaine d’années avait ainsi été enlevé «en pleine rue» à Toamasina, sur la côte Est. Les ravisseurs avaient obtenu quelque 40.000 euros de rançon. Sa libération fut rocambolesque «avec voitures de location, lieux de rendez-vous anonymes, armes sophistiquées, lunettes noires»…  

Petite fille buvant de l'eau près d'une fontaine publique à Antananarivo le 17 mars 2017. Petite fille buvant de l'eau près d'une fontaine publique à Antananarivo le 17 mars 2017. © AFP - RIJASOLO


Venus à l’origine du Gujarat, Etat du nord-ouest de l’Inde à la frontière avec le Pakistan, les Karanas (minorité d’environ 15.000 personnes sur une population de 24 millions d’habitants) seraient installés à Madagascar depuis le XVIIe siècle. De confession musulmane chiite, la plupart ont choisi la nationalité française à l’indépendance de l’île en 1960. «Leur réussite économique dans le commerce, dans l’import-export… suscite régulièrement la jalousie chez certains Malgaches. "Une jalousie teintée aujourd’hui de racisme", déplore une femme française d’origine indo-pakistanaise», constate RFI.

L’argent semble être le motif principal de ces enlèvements dans un pays d’une extrême pauvreté. Cette pratique crapuleuse toucherait surtout les adultes. Selon les autorités malgaches, les ravisseurs appartiendraient à des «réseaux bien organisés». Depuis janvier 2014, signale le site du Foreign Office britannique, «au moins cinq ressortissants étrangers ont été kidnappés dans le but d’obtenir une rançon». «La menace de rapt est en augmentation», ajoute cette source. A tel point qu’à deux reprises, en 2013 et en 2016, Paris a dépêché sur place des gendarmes du GIGN pour appuyer les autorités locales dans la lutte contre cette forme de délinquance.

12 Français tués depuis 2012
D’une manière générale, «Madagascar est une île où les conditions de sécurité sont très dégradées», constate le site du ministère français des Affaires étrangères. «Les risques liés à la criminalité de droit commun sont élevés. Les zones inhabitées, y compris les parcs nationaux ou les plages, sont propices aux agressions de touristes par des bandes armées, parfois d’une grande violence. Dans les principales agglomérations, les conditions de sécurité suscitent des inquiétudes en raison de la délinquance sur la voie publique (vols à la tire, vols dans les véhicules) et des cambriolages de résidences.»

Depuis 2012, 12 Français, souvent des expatriés, auraient été victimes de crimes sordides. En août 2016, les corps de deux jeunes de 22 et 25 ans, Magalie et Romain, volontaires pour une association de protection de l’environnement, avaient été découverts sur une plage de l’île de Sainte-Marie (nord-ouest de Madagascar). Ils avaient été battus à mort avec des gourdins ou des rondins. Même si cinq personnes ont été placées en garde à vue, l’enquête n’a pour l’instant pas abouti.

Par Laurent Ribadeau Dumas