Marche verte: le 6 novembre 1975, le roi Hassan II prenait possession du Sahara

Les volontaires marocains participant à la Marche verte, le 7 novembre 1975, longent les fils barbelés de la frontière espagnole du Sahara occidental. Ce territoire passera sous administration marocaine avec l'accord hispano-marocco-mauritanien de Madrid du 14 novembre 1975.
Les volontaires marocains participant à la Marche verte, le 7 novembre 1975, longent les fils barbelés de la frontière espagnole du Sahara occidental. Ce territoire passera sous administration marocaine avec l'accord hispano-marocco-mauritanien de Madrid du 14 novembre 1975. © GEORGES BENDRIHEM / AFP

Marche verte: le 6 novembre 1975, le roi Hassan II prenait possession du Sahara

Publié le 06/11/2018 à 9H30

Il y a 43 ans, Hassan II lançait ce qui restera dans l’histoire du Maroc sous le nom de Marche verte. Avec cette opération, le roi du Maroc imposait la souveraineté du royaume sur le Sahara espagnol que Madrid était en train de quitter. Il s'assurait aussi une popularité politique intérieure dans un contexte politique tendu et ouvrait un dossier diplomatique toujours pas fermé aujourd'hui.


«Le 6 novembre au petit matin, la Marche verte, ou opération Fath est lancée: les 350.000 soldats de cette armée pacifique s’élancent dans le désert, embarqués à bord de milliers de cars et de camions pour une démonstration qui durera jusqu’au milieu du mois. Des portraits du monarque marocain, qui a volontairement placé la Marche sous les couleurs de l’islam, et des milliers de corans sont brandis par la marée humaine qui croise en chemin les premières garnisons espagnoles évacuant la place», raconte Jeune Afrique dans un article consacrée à la Marche verte de 1975.

Derrière l'enthousiasme populaire, réel, l'opération a été bien montée par le roi Hassan II. Le souverain marocain annonce sa volonté sur le Sahara dès le 16 octobre 1975. Ce jour-là, dans un discours, il lance: «Le monde entier a reconnu que le Sahara était en notre possession depuis très longtemps. Le monde entier a reconnu qu’il existait des liens entre le Maroc et le Sahara qui n’ont été altérés que par le colonisateur (…). Il ne nous reste qu’à entreprendre une Marche pacifique du Nord au Sud (…) pour nous rendre au Sahara et renouer avec nos frères.» 

Pour le roi, en effet, pas question que les terres que l'Espagne contrôle depuis 1884 et s'apprête à quitter échappent au Maroc. Le royaume estime déjà avoir perdu la Mauritanie qui est devenue indépendante de la France en 1960. Pour justifier sa démarche, il s'appuie sur une présentation embellie d'une décision de la Cour internationale de Justice de La Haye appelée à trancher l'avenir de l'ex-colonie espagnole. Si cette dernière reconnaît des liens entre le Maroc et le territoire abandonné par l'Espagne, elle «affirme que le droit à l’autodétermination doit prévaloir», rappelle Jeune Afrique.

L'Espagne décolonialise le Sahara alors que Franco est en train de mourir. De son côté, l'Algérie réitère sa position et dénonce «les complots fomentés contre le peuple sahraoui, alors que les Nations Unies et leurs organismes compétents ont proclamé la souveraineté de ce peuple sur son territoire»... En clair, les revendications marocaines sur le Sahara occidental (que le Maroc appelle le Sahara marocain).

Premiers rassemblements dès le 25 octobre pour la Marche verte avec des portraits du roi Hassan II. Premiers rassemblements dès le 25 octobre pour la Marche verte avec des portraits du roi Hassan II. © GEORGES BENDRIHEM / AFP


Hassan II: «Demain, tu entameras la Marche»
Le 5 novembre, le roi donne le signal de la Marche: «Demain, tu franchiras la frontière. Demain, tu entameras ta Marche. Demain, tu fouleras une terre qui est tienne. Tu palperas des sables qui sont tiens. Demain, tu embrasseras un sol qui fait partie intégrante de ton cher pays.». Le soir même «dès minuit, les premiers marcheurs marocains sont amenés en camion du camp de Tarfaya, dans l'extrême sud du royaume, au poste frontière espagnol de Tah, situé à douze kilomètres de là. Après s'être brièvement arrêtée de l'autre côté de la frontière du Sahara occidental pour réciter des prières, la cohorte s'ébranle et foule le sol désertique de la colonie espagnole revendiquée par Rabat. Le jeudi matin (6 novembre), ils se sont enfoncés d'une dizaine de kilomètres à l'intérieur de la colonie espagnole. Et le flot ne cesse de grossir», écrivait Le Monde.

«C’était un voyage inoubliable! Vous vous imaginez, il y avait une longue ligne de 300 cars l’un derrière l’autre qui prenaient la route. Dans le bus, on chantait, on dansait et à chaque fois qu’on entrait dans un village, les populations nous accueillaient chaleureusement. On était si fier!», raconte un marcheur de l'époque, alors âgé de 20 ans«Plus de 40 ans après, en y repensant, j’ai la chair de poule. C’était très fort. Dès le début du reportage, je me suis surpris en train de crier et de pleurer. Je cherchais peut-être à faire partager l’émotion de cette histoire vécue avec ceux qui sont restés à Rabat ou ailleurs», raconte celui qui était alors directeur de l'information de la télévision marocaine.

La marche est un succès pour le roi qui, avec cette opération, fait taire son opposition intérieure. Le Maroc a pris pacifiquement le territoire contesté. Un accord avec l'Espagne et la Mauritanie consacre le partage du Sahara, même si le texte de l'accord stipule que «l'opinion de la population sahraouie exprimée au travers de la Djemaa sera respectée».

Reste que la question du Sahara occidental n'est toujours pas réglée. Les revendications indépendantistes d'une partie de la population pèsent toujours sur la situation de la région et sur les finances marocaines. De 1976 à 1990, Jeune Afrique rappelle que «le royaume investira 3 milliards de dollars pour développer et quadriller administrativement ses "provinces du Sud"».

Plus de 40 ans après cette opération spectaculaire, le Maroc contrôle toujours le Sahara occidental... mais officiellement rien n'est réglé même si la tension avec le Polisario a cessé avec les accords de 1991. L'ONU doit organiser une nouvelle fois en décembre prochain des discussions sur l'avenir du territoire, en présence des pays voisins.

Par Pierre Magnan