Mexique: 103 journalistes assassinés depuis 2000

Le correspondant pour la radio «La Ke Buena 100.9 FM» a été retrouvé abattu le 4 mai 2015, dans l'Etat d'Oaxaca, après avoir été torturé. Armando Saldaña Morales avait sa propre émission politique hebdomadaire sur cette radio diffusée dans l'Etat de Veracruz. Il écrivait également pour des journaux, notamment à propos d'un vol d'oléoducs par des groupes de crimes organisés dans le sud de l'Etat, selon «El Pais».
Le correspondant pour la radio «La Ke Buena 100.9 FM» a été retrouvé abattu le 4 mai 2015, dans l'Etat d'Oaxaca, après avoir été torturé. Armando Saldaña Morales avait sa propre émission politique hebdomadaire sur cette radio diffusée dans l'Etat de Veracruz. Il écrivait également pour des journaux, notamment à propos d'un vol d'oléoducs par des groupes de crimes organisés dans le sud de l'Etat, selon «El Pais».
© AFP PHOTO / KORAL CARBALLO

Mexique: 103 journalistes assassinés depuis 2000

Mis à jour le 16/04/2017 à 9H42, publié le 13/04/2017 à 11H25

Depuis 2000, 103 professionnels de l’info ont été tués au Mexique. C’est le troisième pays au monde le plus dangereux pour la profession, après la Syrie et l’Afghanistan. La corruption généralisée, le narcotrafic, la puissance des cartels, l’impunité... musellent de plus en plus les journalistes.


Dans ce pays de violence, l’Etat de Veracruz détient la palme. Durant la même période, 20 journalistes y ont été tués. Le dernier en date, le 19 mars 2017, s'appelle Ricardo Monlui. Il a été abattu alors qu’il sortait du restaurant avec sa famille.
Ricardo Monlui était rédacteur dans un journal local de Cordoba, El Politico, et éditorialiste dans deux autres parutions. Dans ses publications, nous dit Reporters sans frontières, «il abordait régulièrement les conflits entre les autorités de Veracruz et les producteurs et travailleurs de canne à sucre, une des principales activités de la région».

L’ONG a publié un long rapport sur l’état de la presse dans l'Etat de Veracruz. Il est sans concession. Reporters sans frontières parle de presse «à bout de souffle». En cause, la corruption des politiciens et des policiers qui permet aux cartels de la drogue de prospérer. Ainsi, l’ancien gouverneur de l’Etat, Javier Duarte, a démissionné, empêtré dans des affaires de blanchiment d’argent. Depuis le 21 octobre 2016, il était en fuite et recherché par Interpol (lien en anglais). Il a finalement été arrêté le 15 avril 2017 au Guatemala.

Contrats
Dans ce climat, le travail des journalistes est très risqué. S’intéresser aux activités des cartels, ou aux marchés publics suspects, conduit à la mort. «La corruption quasi-généralisée de la justice et la police du Veracruz, rend toute poursuite judiciaire vaine», écrit l’ONG. Quand il est menacé, le journaliste doit quitter la région, mais cela ne suffit pas toujours. Ainsi, le photoreporter Ruben Espinosa s’était réfugié dans la capitale Mexico. En juillet 2015 son corps a été retrouvé dans un appartement au côté de quatre autres cadavres, tous tués d’une balle dans la tête.

Dans cet Etat, 34 journalistes bénéficient de protections policières. Un luxe pas inutile: fin mars, un garde du corps qui protégeait un journaliste a été tué d’un tir.

Les cartels règnent
Mais le Veracruz n’est hélas pas le seul Etat concerné. Miroslava Breach est la dernière et 103e victime. Elle a été assassinée alors qu’elle circulait en voiture dans la ville de Chihuahua, capitale de l’Etat du même nom, l’un des plus violent du Mexique. «Un crime planifié», selon le gouverneur de l’Etat, Javier Corral. Durant sa carrière, précise Libération, Miroslava Breach avait enquêté sur les affaires de narcotrafic. Son dernier papier parlait du cartel de Juarez, de la tristement célèbre ville frontalière, longtemps championne du crime. Suite à sa mort, son journal a cessé toutes publications, papier et numérique.

Mais les journalistes sont loin d'être les plus menacés dans ce pays d'hyperviolence. En 2016, près de 40.000 personnes ont été assassinées au Mexique.

Par Jacques Deveaux