Plus de 800 «chibanis» marocains (de nouveau) en justice contre la SNCF à Paris

Les cheminots de nationalité ou d'origine marocaine poursuivent la SNCF pour discrimination 
Les cheminots de nationalité ou d'origine marocaine poursuivent la SNCF pour discrimination  © JACQUES DEMARTHON / AFP

Plus de 800 «chibanis» marocains (de nouveau) en justice contre la SNCF à Paris

Mis à jour le 15/05/2017 à 14H27, publié le 15/05/2017 à 14H26

La Cour d'appel de Paris examine le dossier de 800 «Chibanis», cheminots de nationalité ou d'origine marocaine, qui poursuivent la SNCF pour discrimination durant leur carrière, et qui pour la plupart avaient eu gain de cause aux prud'hommes en 2015.


Ils croyaient leur cas résolu définitivement. L'affaire des «déclassés de la SNCF» ou «indigènes du rail» est rejugée, car la SNCF a contesté in extremis sa condamnation le 21 septembre 2015 par le Conseil des prud'hommes de Paris à 170 millions d'euros de dommages et intérêts au total. Les dommages et intérêts s’élevaient en moyenne à 200.000 euros par personne.
 
Tout commence dans les années 70, lorsque la SNCF recrute environ 2.000 Marocains comme contractuels, c'est-à-dire avec un CDI de droit privé, en vertu d'une convention signée en 1963 entre la France et le Maroc fraîchement indépendant. Ils ne relèvent pour la plupart pas du statut particulier des cheminots, plus avantageux, réservé aux ressortissants européens et aux jeunes embauchés. «Ils disaient "travail égal, salaire égal", mais cela n’a pas été le cas. A la retraite, on a eu des miettes, on s’est rendu compte qu’on avait été arnaqués», se confie l’un d’eux. «On a dit que nous étions les "indigènes du rail", comme il y a eu les combattants marocains, c’est vrai. On a contribué à l’essor de la France. Il fallait voir le travail, la nuit, à composer les trains, je connais trois collègues qui ont eu le bras coupé», estime Ksioua Ghaouti, 68 ans, qui a fait sa carrière à la gare de triage de Strasbourg.

 
Les «chibanis» (cheveux blancs en arabe) ont le sentiment d'avoir été moins bien traités que leurs collègues français et demandent réparation à la SNCF: la Cour d'appel de Paris examine jusqu'au 16 mai 2017 plus de 800 dossiers d'anciens cheminots de nationalité ou d'origine marocaine.
 
«On attend qu'ils reconnaissent nos droits parce qu'on a été spolié par la SNCF», explique Loucen Ablou, 72 ans, qui a commencé à travailler à la gare de Lyon en 1972 après avoir été conducteur d'engins au Maroc. «J'ai pas eu de carrière, ils ont pris 15 ans de ma vie en plus», dénonce-t-il, expliquant que «les collègues français partent (à la retraite) à 55 ans, moi à 70. Je veux que la justice me rende ce qui m'appartient.»
 
Selon l’avocate des «chibanis», Me Clélie de Lesquen-Jonas, 100% des plaignants sont restés agents d'exécution, contre 25% des personnels au statut et avec une ancienneté comparable.
 
Depuis un an et demi, entre 300 et 400 nouveaux recours ont été déposés, portant à près de 1.200 le nombre de dossiers aux prud'hommes, selon Ahmed Katim, porte-parole de l'association rassemblant les plaignants.

Par Géopolis (avec AFP)