Prématurés : les multiples bienfaits de la méthode Kangourou

Maman portant son bébé prématuré en kangourou 
Maman portant son bébé prématuré en kangourou  © CLAUDIA DAUT / REUTERS

Prématurés : les multiples bienfaits de la méthode Kangourou

Mis à jour à 15h03, publié le 09/08/2018 à 9H25

Devant le manque de matériel adéquat, une méthode a été mise au point pour permettre aux prématurés de petit poids de survivre en les lovant contre la poitrine de leur mère, mais aussi de leur père, à même la peau, comme un bébé kangourou dans la poche de sa mère. Une étude, avec 20 ans de recul, montre les multiples bienfaits de cette méthode. Des hôpitaux africains y ont désormais recours.


A l'origine, c'est le manque de couveuses, en bon état de marche et en nombre, qui a favorisé l'émergence de cette méthode de soins pour des enfants nés prématurément.

Mais le temps passant, on constate qu'elle permet la survie de bébés prématurés. On voit aussi qu'elle offre de nombreux avantages par rapport aux traditionnelles couveuses. Dans certains pays, ce n'est plus un moyen par défaut. On y a directement recours quand l'état de santé du nourrisson ne nécessite pas d'actes médicaux lourds.

Les avantages immédiats
Un bébé né prématurément a de grosses difficultés à maintenir sa température corporelle aux alentours de 37 degrés. L'hypothermie menace constamment cet être au poids inférieur à 2000 g. Arrimé à la maman, avec un système de harnachement généralement en tissu léger, le corps nu du bébé sur la poitrine de la maman est ainsi maintenu à température constante.

De plus, il est à proximité immédiate d'une source de nourriture. Un lien très fort se noue entre les parents porteurs et le bébé. Alors que la séparation est le maître-mot de la couveuse, le kangourou crée et renforce le lien via ce peau-à-peau vital. Le père peut lui aussi «porter» le petit libérant les mouvements de la maman pour quelques instants, et générant le même lien fort.

On a par ailleurs constaté que les bébés en kangourou restent moins longtemps en milieu médicalisé que leurs homologues en couveuses, même s'ils nécessitent un suivi serré.

Des avantages à long terme
Une étude a été menée sur une période de 20 ans pour évaluer si les bébés amenés à survivre en kangourou présentaient, à long terme, des caractéristiques diifférentes de ceux élevés en couveuse. Cette étude a porté sur des enfants prématurés de moins de 1800 g, qui étaient suivis depuis leur naissance prématurée. On a alors constaté que les enfants ayant bénéficié de la méthode kangourou s'en tirent mieux que les bébés des couveuses.

Les prématurés sont réputés souffrir de problèmes neurologiques, de déficits cognitifs et présenter des problèmes d'attention ou comportementaux, Mais ces caractéristiques, admises comme inhérentes à la prématurité, disparaissent avec la méthode kangourou. Mieux, les enfants avec qui elle a été utilisée sont plus à l'aise socialement, moins victimes de problèmes en milieu scolaire que leurs pairs. Grâce à l'interaction avec les parents, ces enfants devenus adultes présentent un bon quotient intellectuel (QI). Quant aux parents justement, ayant porté leurs petits si intimement pendant longtemps, ils se révèlent 20 ans après, plus protecteurs que la moyenne. 

La solution africaine
Initialement inventée en Colombie par deux pédiatres, Rey et Martinez, elle a été promue et répandue par la Française Nathalie Charpak, toujours en Colombie.

Et maintenant, que ce soit au Sénégal, au Mali ou encore au Cameroun, recourir à la méthode kangourou est une vraie solution. L'Organisation mondiale de la santé la préconise, attestant d'un réel progrès dans la survie des prématurés, au Sénégal entre autres. Outre le fait qu'elle résout le problème du manque de couveuses, elle offre l'avantage non négligeable d'être fort peu onéreuse. La maman fournit la chaleur, l'alimentation et le bien-être au bébé qui se retrouve à l'abri d'une hyporthermie fatale, des infections agressives et d'une privation de stimuli très dommageable à son développement neurologique et psychologique. Un rapport coût-bénéfices imbattable.

Par Frédérique Harrus