Quand les moustiquaires présentent un risque pour les rivières

Une Congolaise sèche sa moustiquaire sur les rives du fleuve Congo, le 19 juillet 2017 à Kinshasa.
Une Congolaise sèche sa moustiquaire sur les rives du fleuve Congo, le 19 juillet 2017 à Kinshasa. © JOHN WESSELS / AFP

Quand les moustiquaires présentent un risque pour les rivières

Mis à jour à 11h00, publié le 13/02/2018 à 10H11

Depuis plusieurs décennies, la distribution de moustiquaires a permis de lutter contre le paludisme, notamment en Afrique subsaharienne. Cependant, leur utilisation comme filets de pêche improvisés pourrait menacer les stocks de poissons. Et aussi l’écosystème des rivières en raison de l’insecticide imprégnant le tissu. Une étude publiée fin janvier fait le point.


Un travail de recherche, mené par PLoS ONE auprès d’acteurs de terrain travaillant dans des zones très impaludées, s’interroge sur les effets secondaires de la distribution et de l'utilisation à grande échelle de moustiquaires – dès les années 2000 par l’OMS notamment – dans le secteur de la pêche traditionnelle, à la senne (au filet).

Les distributions ont permis «à 49% de la population à risque de dormir sous des moustiquaires imprégnées d'insecticide en 2013, contre 2% en 2004» et de faire baisser l'incidence du paludisme «de 37% à l'échelle mondiale entre 2000 et 2015». Si 6 millions de vie ont été épargnées en 15 ans, grâce notamment aux moustiquaires, ces dernières pourraient avoir créé de nouvelles problématiques.

La majorité des 97 pays actuellement touchés par la transmission du paludisme – maladie inoculée par le moustique anophèle – distribuent gratuitement ou de manière subventionnée des moustiquaires imprégnées d’insecticide.

Pêcheurs sur le fleuve Congo. Pêcheurs sur le fleuve Congo. © GODONG / BSIP


Quand les moustiquaires deviennent des filets de pêche
La pêche artisanale à la senne est une activité largement tropicale, particulièrement répandue en Afrique subsaharienne. La moustiquaire se retrouve souvent recyclée en filet de pêche, précise l’étude. Mais sa maille fine (3 mm) piège tous les poissons, même ceux qui n’ont pas encore atteint la taille minimale permettant le renouvellement de l’espèce. Ces «filets» improvisés sont utilisés «dans les mangroves et les herbiers marins, qui sont d'importantes aires d'alevinage pour les poissons», précisent les chercheurs de PLoS ONE.

Au-delà de l’impact direct sur la ressource halieutique, cette pêche pourrait également conduire à la destruction des herbiers où se développent les alevins. En effet, le faible coût de ces «filets» pourrait entraîner l’augmentation des pêcheurs, et donc une surexploitation des sites de pêche traditionnels.

L’étude soulève une autre problématique: la majorité des moustiquaires sont imbibées d’insecticides auxquels les anophèles résistent de plus en plus, comme l’écrit le Journal de l’environnement. Ces produits sont solubles dans l’eau des rivières où les larves du moustique se développent. Ce qui pourrait à terme augmenter la résistance.

Des recherches à l'état embryonnaire
Pour autant, il y a encore peu d’études complètes au niveau mondial sur l'impact écologique et sanitaire de l’utilisation de ces moustiquaires recyclées, à part quelques données produites près du lac Tanganyika en RDC et sur le littoral kényan, précise PloS ONE. Aussi, les chercheurs demandent une évaluation complète de tous les acteurs possibles sur ce sujet.

Ils concluent: «Alors que des mesures sont prises pour éradiquer le paludisme, l'atténuation des conséquences non désirées et imprévues de la durabilité des ressources naturelles doit être une priorité pour éviter des dommages supplémentaires aux communautés de pêche des pays en développement et potentiellement des effets négatifs sur la santé humaine.» Le tout, sans «perdre de vue les écosystèmes et la biodiversité en jeu». Un vaste programme.

Par Catherine Le Brech