Relations entre l'Afrique et le Qatar: peut mieux faire!

Vue générale de la corniche de Doha, la capitale du Qatar, le 5 juin 2017.
Vue générale de la corniche de Doha, la capitale du Qatar, le 5 juin 2017. © STRINGER / AFP

Relations entre l'Afrique et le Qatar: peut mieux faire!

Publié le 14/06/2017 à 11H06

Dans la crise du Golfe qui oppose l’Arabie Saoudite au Qatar, deux pays africains seulement ont rompu les liens avec Doha. Plusieurs autres ont préféré rester neutres au moment où les relations avec le petit émirat gazier sont «en construction», selon une étude de l’Institut français de recherches internationales (Ifri).


L’Egypte et la Mauritanie sont les premiers pays africains à prendre positon dans cette crise. Les deux pays ont rompu les liens avec Doha, accusé de soutenir des organisations terroristes. Le Tchad, le Niger et le Sénégal ont pour leur part marqué une désapprobation relative en rappelant leurs ambassadeurs au Qatar. D’autres pays comme le Maroc, le Soudan ou la Somalie ont préféré rester neutres, proposant même de jouer les médiateurs entre les frères ennemis du Golfe.
 
Le Maghreb d’abord
Les relations diplomatiques entre le Qatar et le continent africain sont récentes. Elles ont débuté après l’indépendance du petit émirat en 1971. Les pays du Maghreb sont les premiers à y avoir ouvert des représentations. Outre la proximité géographique, ces Etats partagent avec le Qatar l’islam comme religion et l’arabe comme langue. Les ressortissants des pays arabes ont parfois quelques avantages et peuvent par exemple accéder à des postes régaliens dans la police ou la justice.
 
L’Afrique subsaharienne
Il faudra attendre les années 2000 pour que les pays subsahariens ouvrent une représentation diplomatique au Qatar. On compte aujourd’hui 21 représentations africaines. Malgré cela, les pays du continent ont du mal à créer de vrais liens avec Doha, comme le souligne l’étude de l’Ifri sur la relation entre le Qatar et l’Afrique subsaharienne. «L’Afrique fait figure de parent pauvre de la diplomatie qatarie, qui n’a pas encore défini les objectifs à atteindre», écrit le chercheur Benjamin Augé (1).

Des investissements limités en Afrique
Pétrole, énergies, mines, agriculture… les opportunités économiques sont multiples sur le continent africain, mais les projets ont du mal à aboutir. Alors que les investissements qataris sont estimés à plus de 65 milliards de dollars en Europe (jusqu’en 2013), ils restent très limités en Afrique avec à peine un milliard de dollars selon l’Ifri. «Le manque de prise de risques en termes d’investissements qatari en Afrique relève souvent d’absence de temps et de personnel national pour analyser les projets», note l’auteur de l’étude Benjamin Augé.
 
Médiation et dollars…
Le Qatar qui souhaite affirmer sa présence sur la scène internationale s’est toutefois lancé dans des médiations diplomatiques en Afrique, notamment au Soudan avec le conflit du Darfour. Mais les résultats sont là aussi médiocres. «Il ne suffit pas de payer les parties pour gagner la paix, il faut envisager un processus à long terme», rappelle Benjamin Augé. Il préconise un partenariat politique avec les grandes puissances africaines comme le Nigeria et l’Afrique du Sud pour mieux comprendre le contexte politique et trouver des solutions sur le long terme. 

(1) Benjamin Augé, La relation diplomatique entre le Qatar et l'Afrique subsaharienne. Une histoire en construction, Notes de l'Ifri, août 2016.

Par Eléonore Abou Ez