Rwanda: les dessous du «miracle économique»

Le président rwandais Paul Kagame reçoit à Kigali le président chinois Xi Jinping, le 23 juillet 2018.
Le président rwandais Paul Kagame reçoit à Kigali le président chinois Xi Jinping, le 23 juillet 2018. © AFP PHOTO / SIMON MAINA

Rwanda: les dessous du «miracle économique»

Publié le 23/07/2018 à 18H08

Xi Jinping poursuit sa tournée africaine. Après le Sénégal, le président chinois était le 23 juillet au Rwanda, souvent montré en exemple pour ses performances économiques et «sa bonne gouvernance». Depuis 20 ans, le pays a enregistré une croissance moyenne de 7,5%, multipliant par quatre le PIB par habitant. Après avoir misé sur le bâtiment et l'agriculture, le pays met le cap sur le tourisme.


En tournée en Afrique, le président chinois Xi Jinping a fait une escale au Rwanda. C'est la première fois depuis le génocide de 1994 qu'un président chinois fait une visite officielle à Kigali. Une capitale moderne, symbole d'une Afrique émergente. Des prêts pour la rénovation d'hôpitaux et pour le développement du nouvel aéroport de Bugesera figurent parmi les textes signés.

Lors de la rencontre avec son homologue Paul Kagame, XI Jingping aurait également évoqué la construction d’une voie de chemin de fer reliant Kigali au port kényan de Mombassa. L’idée pour Pékin est toujours la même: faire sortir rapidement et de manière sécurisée les matières premières du continent, tout en inondant ces mêmes pays de produits «made in China».

Selon la Banque mondiale, le Rwanda a enregistré un taux de croissance annuel moyen de 7,5% entre 2000 et 2017. La pauvreté et les inégalités ont également fortement baissé. Certains observateurs, la presse et les bailleurs de fonds évoquent un véritable «miracle économique». Avant le génocide rwandais, le pays avait déjà une agriculture et une économie très dynamiques et un réseau routier efficace.

Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit de nouveau une croissance de 7,2% en 2018, puis 7,8% en 2019. Une performance suffisamment rare sur le continent pour être soulignée et interrogée. Signe d'une «bonne gouvernance», la dette publique est restée contenue à 40% du PIB en 2017 et la lutte contre la corruption a enregistré les meilleures performances de la région, toujours selon la Banque mondiale. La stabilité politique rassure également les investisseurs. Il faut dire que le président Kagame, qui concentre la majeure partie des pouvoirs, est systématiquement réélu depuis 2003.

Les dessous du miracle
Fortement aidé par la Banque mondiale et le FMI après le drame du génocide, le Rwanda a bénéficié d’une aide extérieure représentant au moins 40% de son budget de fonctionnement jusqu’en 2012. Le secteur du bâtiment, moteur de la croissance toutes ces années, a été dopé par d'importants marchés publics et de grands projets de (re)construction. La capitale Kigali s'est complètement transformée pour devenir une ville moderne.

Mais pour certains, «le miracle rwandais» est largement lié au pillage des matières premières dans l’est de la RDC. Une partie du coltan exporté, minerai essentiel à la téléphonie mobile, est soupçonnée d'avoir été extrait illégalement en RDC. Une grande partie des matières premières extraites dans l’est du Congo et en direction de la chine passent par Kigali.Le Rwanda est devenu en 2013, le premier exportateur mondial de coltan. Le pays a exporté en 2013, 28% de la production mondiale.

La ville moderne de Kigali s'érige au-dessus des quartiers plus pauvres (2018). La ville moderne de Kigali s'érige au-dessus des quartiers plus pauvres (2018). © AFP PHOTO / Yasuyoshi CHIBA


Une agriculture plus performante
Kigali a fait de la croissance agricole l’un de ses principaux objectifs, en cherchant à maximiser les rendements des cultures et à se diriger vers une autosuffisance alimentaire. Encore essentiellement agricole, le Rwanda a une production assez variée mais les exportations se concentrent majoritairement sur le café et le thé. Ces deux produits représentaient près de 20% des exportations totales en 2016.

L’agriculture reste vulnérable aux fluctuations climatiques. Les investissements en cours dans l’irrigation visent à réduire la dépendance au régime des pluies. Le pays investit également dans les engrais et les semences améliorées pour conforter sa production agricole.

L’agriculture absorbe plus de 65% des actifs (contre près de 90% au début des années 2000) et les deux tiers de la surface du pays sont des terres agricoles. Et contribue encore pour 33% au PIB, contre 17% pour l’industrie et 50% pour les services. 

Cap sur les services
Le Rwanda vise désormais à devenir un pays à revenu intermédiaire, en passant d'une économie encore essentiellement agricole à une économie de services. Sa nouvelle priorité: le tourisme. Le pays espère devenir une destination majeure en Afrique. Et pour ce faire, il investit dans des hôtels et dans sa compagnie aérienne RwandAir.

Kigali tente aussi d’améliorer sa visibilité en effectuant du sponsoring sportif. On l'a vu avec le slogan «Visit Rwanda», qui est apparu sur le maillot de l’équipe de football londonienne d’Arsenal, un contrat annoncé pour les trois prochaines années. Ce choix de communication montre la volonté du pays d’attirer sur ses terres des touristes du monde entier.

Il faut toutefois relativiser les bonnes performance du Rwanda. Malgré une économie dynamique et une nette amélioration des conditions de vie, une grande partie de la population ne mange toujours pas à sa faim. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 40% de la population est en situation de sous-alimentation, ce qui correspond à près de 5 millions d’individus.

Par Michel Lachkar