Sierra Leone: le Diamant de la paix pour rompre avec «les diamants du sang»

Le «Diamant de la paix» de 709 carats,13e plus gros diamant jamais découvert sur la planète, a été vendu aux enchères à New York.
Le «Diamant de la paix» de 709 carats,13e plus gros diamant jamais découvert sur la planète, a été vendu aux enchères à New York. © TIMOTHY A. CLARY / AFP

Sierra Leone: le Diamant de la paix pour rompre avec «les diamants du sang»

Publié le 07/12/2017 à 14H52

Changement d'ère en Sierra Leone. Le 4 décembre 2017, avec la vente officielle à New York d'une pierre précieuse brute de la taille d'un œuf, baptisée Diamant de la paix, le gouvernement sierra-léonais donne le signal d'une moralisation du commerce des diamants, longtemps objets de trafic pour financer des conflits en Afrique. Le caillou a été adjugé aux enchères 6,53 millions de dollars.


L'impressionnant diamant de 709 carats (environ 140 grammes) a été découvert en mars 2017 par les employés d'une société de prospection minière dirigée par un pasteur évangélique, Emmanuel Momoh, dans la province diamantifère de Kono (est). 

Ce dernier, décidé à en faire cadeau à son pays, a remis la pierre non taillée au gouvernement, contre l’assurance de voir l'argent investi dans le développement et la garantie de toucher lui-même 26% du produit de la cession, soit 1,69 millions de dollars de la vente.

Le pasteur encourage les autres prospecteurs à l'imiter
De cette somme seront ensuite prélevés les 339.000 dollars destinés aux cinq employés à l’origine de la découverte.

«Je crois que ce que j'ai commencé va se poursuivre», a déclaré le pasteur, encourageant les autres prospecteurs à imiter sa démarche.

Quinze ans après la fin de la guerre civile (1991-2002), et deux ans après l'épidémie d'Ebola (2013-2015), la Sierra Leone, bien que stabilisée, reste l'un des pays les plus pauvres d'Afrique de l'Ouest.

«Nous avons changé l'histoire»
Aujourd'hui, l'objectif du président Ernest Bai Koroma et de son gouvernement est de donner des arguments aux sociétés de prospection pour les inciter à rompre avec l'ère des «diamants du sang», ces pierres précieuses qui ont servi à financer des rébellions en Afrique, y compris en Sierra Leone, via des trafics clandestins.

«C'est un jour historique pour nous», a ainsi déclaré le porte-parole du président Koroma, Abdulai Bayraytay, présent lors d'une conférence de presse à New York. «Nous avons changé l'histoire», a-t-il poursuivi, assurant que le produit de la vente de ce diamant allait «contribuer à transformer la vie des Sierra-Léonais».

7,4 millions d'habitants pleins d'espoir et d'impatience
Des Sierra-Léonais qui, face à cet événement inédit, n'ont pas tardé à suggérer de judicieuses utilisations des fonds obtenus grâce à la vente du Diamant de la paix: «De l'eau, de l'électricité et de bonnes routes au peuple», comme le réclame Gibril Sesay, un vendeur local.

D'autres, comme cette fonctionnaire, regrettent en revanche que le montant de la transaction soit plus bas qu'attendu. En avril, lors d'une première vente en Sierra Leone, la vente avait en effet atteint 7,1 millions de dollars. Mais l'opération avait alors été annulée par le gouvernement qui avait jugé la somme insuffisante.

«Peut-être est-ce le prix de la transparence», a commenté Martin Rapaport, le président du groupe éponyme qui a organisé la vente et s'est engagé à ne percevoir aucune commission.

Par Véronique le Jeune (avec AFP)