Somaliland et Ethiopie rêvent de développement commun

Port de Berbera, au Somaliland
Port de Berbera, au Somaliland © ZACHARIAS ABUBEKER / AFP

Somaliland et Ethiopie rêvent de développement commun

Publié le 22/06/2017 à 9H26

C’est une histoire d’opportunités ou d’intérêts bien partagés. Le port de Berbera au Somaliland poursuit son développement afin de devenir la seconde porte maritime de l’Ethiopie. Un accord d’utilisation du port a été signé entre l’Ethiopie et le Somaliland en 2016. Cela passe également par le développement des voies de communication.


Le petit et récent Etat du Somaliland joue sa survie. Il a déclaré son indépendance de la Somalie en 1991. Mais l’Etat n’est toujours pas reconnu par la communauté internationale. Selon Le Monde, «le budget du gouvernement autoproclamé ne dépasse pas les 240 millions d’euros: l’équivalent d’une ville comme Grenoble.» Autant dire que cet accord avec Addis-Abeba va apporter une sacrée bouffée d’oxygène pour les 3,5 millions d’habitants.

La première action concrète remonte à mai 2016, lorsqu’un contrat a été signé avec le géant de l’industrie portuaire Dubaï Ports World et le petit Etat. Il s’agit d’investir 400 millions de dollars en trente ans pour développer le port de Berbera. Pour l’heure, il est surtout spécialisé dans l’exportation de bétail vers les pays du Golfe. Mais, situé entre canal de Suez et océan Indien, le port de Berbera se rêve un avenir. «Le Somaliland a une position stratégique, nous le savons, et le reste du monde le reconnaît aussi et nous devons en profiter», affirme à l’AFP le docteur Saad Ali Shire, ministre des Affaires étrangères du Somaliland. Bebera lorgne sur le voisin djiboutien et ses 750.000 conteneurs annuels. Ici, il en passe 20 fois moins. Mais l’accord avec Addis-Abeba pourrait changer la donne.

Dans la foulée, le Somaliland a également autorisé l’installation sur son sol d’une base militaire des Emirats arabes unis (dont fait partie Dubaï). Une décision moyennement appréciée par son voisin selon Jeune Afrique.

Désenclaver l'Ethiopie
Pour Addis-Abeba, l’enjeu est stratégique. Le pays est enclavé et depuis la perte de l’Erythrée, ne dispose d’aucune frontière maritime. L‘Ethiopie ne veut pas concentrer son import-export sur l’unique port de Djibouti. Actuellement 90% de son commerce passe par là. Une ligne de chemin de fer a même été financée et construite par la Chine entre Addis-Abeba et Djibouti. Ouvrir un deuxième axe fluidifierait les échanges de l’Ethiopie avec les pays hors Afrique.
 
Il faudra sans doute faire la même chose avec le Somaliland pour profiter à plein du port de Berbera. Pour aller dans ce sens, en 2014, les deux pays ont signé un accord de développement des liaisons routières, mais rien de concret n’a encore été réalisé. Une fois encore, il faudra sans doute solliciter la Chine afin qu’elle mette la main au portefeuille.

Par Jacques Deveaux