Soudan: entre les Etats-Unis et la Russie, Omar al-Bachir choisit les deux

Le président russe, Vladimir Poutine, reçoit son homologue soudanais, Omar al-Bachir, à Sotchi le 23 novembre 2017.
Le président russe, Vladimir Poutine, reçoit son homologue soudanais, Omar al-Bachir, à Sotchi le 23 novembre 2017. © Mikhail KLIMENTYEV/SPUTNIK/AFP

Soudan: entre les Etats-Unis et la Russie, Omar al-Bachir choisit les deux

Publié le 11/06/2018 à 15H18

Le président soudanais est entré en grandes manœuvres diplomatiques. En même temps qu’il fait cadeau à Washington de l’annulation de ses accords de défense avec la Corée du Nord, il discute avec Moscou de l’établissement d’un centre naval d’approvisionnement russe en mer Rouge. Une stratégie à objectifs multiples: sortir de la liste américaine des Etats terroristes et s’équiper en armement russe.


Deux jours après l’annulation par le président soudanais de tous ses accords de défense avec la Corée du Nord, comme le lui demandait Washington, Moscou révèle un dialogue en cours avec les autorités soudanaises sur les questions de défense.

Omar al-Bachir invite Moscou à s'installer sur le rivage soudanais 
Moscou et Khartoum discutent de «l’établissement d’un centre d’approvisionnement des navires de guerre russes croisant en mer Rouge», a révélé Vladimir Giltov, l’ambassadeur russe au Soudan, à l’agence Sputnik en lange arabe, le 9 juin 2018.
 
Le diplomate répondait à une question de l'agence officielle russe concernant l'invitation à construire une base navale militaire sur le rivage soudanais faite par Omar al-Bachir au Kremlin lors de sa visite en novembre 2017 à Moscou.
 
Justifiant cette invitation par «une pression majeure et une conspiration des Etats-Unis», al-Bachir avait surpris tout le monde. D’autant que Washington avait levé un mois plus tôt une partie des sanctions contre le Soudan
 
«Oui ! Il y a eu une telle proposition, a confirmé Giltov, mais elle est toujours à l’étude et les résultats seront annoncés officiellement» quand la décision sera arrêtée, a-t-il dit.
 
Khartoum souhaite acheter des avions de combat russes
A l’époque, des experts cités par Sudan Tribune soulignaient que la Russie ferait très attention avant d’accepter une telle offre car elle pourrait mettre en colère Washington et ses alliés dans la région: Israël et l’Arabie Saoudite.
 
Plus encore, Omar al-Bachir se disait intéressé par l'achat d’avions de combat russes Su-30 et Su-35 ainsi que des systèmes de défense antiaérienne S-300.
 
Sur cette question, Giltov a confirmé également que des négociations étaient en cours au niveau des ministères de la Défense et des institutions concernées, et que «plus de temps est nécessaire pour atteindre les résultats souhaités».
 
Le président soudanais fait ainsi en effet monter les enchères pour obtenir de Washington le retrait de son pays de la liste américaine des Etats terroristes.
 
Au lendemain de l’annonce des discussions avec Moscou sur le centre d’approvisionnement naval de la marine russe, le chargé d’affaires américain à Khartoum, Steven Koutsis, et l’attaché militaire, le colonel Adam Matthew Cordish, étaient reçus par le ministre soudanais de la Défense Awad Ibn Ouf.
 
Washington annonce la deuxième phase du dialogue avec le Soudan
A l’issue de la rencontre, le chargé d’affaires Koutsis a exprimé la reconnaissance de son pays pour les efforts déployés par le gouvernement soudanais pour promouvoir la paix et la sécurité internationales.
 
Il s’est félicité des résultats significatifs de la première phase du dialogue engagé entre le Soudan et les Etats-Unis et annoncé que la deuxième phase commencerait bientôt en vue d’une normalisation complète.
 
Khartoum en attend la levée des sanctions restantes, «en particulier la désignation du Soudan en tant que sponsor des groupes terroristes», écrit Sudan Tribune. Une mesure «cruciale pour obtenir un allègement de la dette et permettre au Soudan d'obtenir une aide internationale pour construire son infrastructure économique», explique la publication.
 
En dépit de sa diplomatie de funambule, Omar al-Bachir a encore du chemin à faire. Lors de son passage à Khartoum en novembre 2017, le Secrétaire d’Etat adjoint américain, John Sullivan, avait souligné la nécessité de réformes sur les droits de l’Homme et la liberté religieuse pour parvenir à une normalisation.

Par Alain Chemali