Soudan: les relations entre les présidents al-Bachir et al-Sissi se dégradent

Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi (D), accueille son homologue soudanais, Omar al-Bachir (G), à son arrivée à l'aéroport du Caire, le 5 octobre 2016.
Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi (D), accueille son homologue soudanais, Omar al-Bachir (G), à son arrivée à l'aéroport du Caire, le 5 octobre 2016. © HO/EGYPTIAN PRESIDENCY/AFP

Soudan: les relations entre les présidents al-Bachir et al-Sissi se dégradent

Publié le 05/01/2018 à 17H01

En prenant la décision de rappeler son ambassadeur en Egypte pour consultation, le Soudan a mis sur la place publique la dégradation des relations entre les deux pays. Déjà tendues en raison du différend frontalier sur le triangle de Halayeb et du projet de barrage éthiopien sur le Nil, l’accord passé avec le président turc Erdogan sur l’île de la mer Rouge Suakin aura sans doute fait le reste.


Trop c’est trop, semble dire le président soudanais, Omar al-Bachir à son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi.

L'inexorable dégradation des relations entre Le Caire et Khartoum
Dans un geste de colère non dissimulée, le ministère soudanais des Affaires étrangères a décidé, le 4 janvier 2018, de rappeler son ambassadeur au Caire, Abdoul Mahmoud Abdoul Halim, pour consultation.
 
Le porte-parole du ministère n’a fourni aucune précision sur les raisons d’un tel geste, mais les relations entre Le Caire et Khartoum connaissent depuis plusieurs mois une dégradation inexorable.
 
Le 30 mai 2017, le gouvernement soudanais a décrété un embargo sur tous les produits agricoles d’Egypte, au prétexte qu’elle avait appuyé la décision du Conseil de sécurité de l’ONU de prolonger les sanctions contre le Soudan en raison de la situation au Darfour.
 
A ce propos, Khartoum avait même accusé Le Caire d’armer les rebelles à l’offensive contre le pouvoir central dans cette région soudanaise et de fournir des munitions déficientes à l’armée.

Différend frontalier et barrage éthiopien sur le Nil à la source des problèmes 
Les démentis du président Abdel Fattah al-Sissi cachent toutefois mal les vraies raisons de ces tensions. Le président soudanais ne digère pas l’accord signé entre Ryad et Le Caire sur la délimitation de leurs frontières maritimes en mer Rouge.
 
Un accord qui consacre de fait la souveraineté égyptienne sur la région dite du triangle de Halayeb. Une zone frontalière de 20.000 kilomètres carrés entre le sud égyptien et l’extrême nord-est du Soudan, ouverte sur le littoral.
 
Autre motif de discorde, l’épineux dossier du barrage éthiopien sur le Nil. Baptisé Barrage de la renaissance, le projet devrait coûter 4,8 milliards de dollars à l’Ethiopie et générer une puissance de plus de 6 000 megawatts.
 
En cours de construction sur le Nil Bleu, principal affluent du fleuve qui traverse le Soudan puis l’Egypte, le projet est contesté par les autorités égyptiennes qui craignent une réduction du débit et par conséquent de son approvisionnement en eau potable.
 
En dépit de la dernière réunion technique entre chefs de la diplomatie des deux pays, le 26 décembre 2017 à Addis-Abeba, les discussions sont au point mort et l’Egypte préfère une expertise de la Banque mondiale plutôt qu’une médiation du Soudan jugée favorable à l’Ethiopie.

La visite d'Erdogan à Khartoum, mal vécue au Caire et à Ryad 
C’est dans ce contexte de tensions qu’est intervenue la première visite officielle du président turc au Soudan. Outre l’accueil triomphal qui lui a été réservé, Recep Tayyip Erdogan a obtenu le feu vert d’Omar al-Bachir pour la réhabilitation de l’île soudanaise de Suakin sur la mer Rouge. Une décision qui, elle, a fortement déplue à Ryad.
 
Un double camouflet donc à l’actuelle alliance entre l'Arabie Saoudite et l’Egypte, qui a débouché sur la crise diplomatique actuelle.
 
En réaction au rappel de l’ambassadeur soudanais, le ministère égyptien des Affaires étrangères a sarcastiquement fait savoir qu’il «appréciait les actions du Soudan visant à prendre les mesures qui s’imposaient».

Par Alain Chemali