Squat, décharge: l’état déplorable des cimetières au Maroc

Vue d'un cimetière de Tanger
Vue d'un cimetière de Tanger © Aujourd'hui le Maroc

Squat, décharge: l’état déplorable des cimetières au Maroc

Publié le 09/03/2018 à 14H24

Le Maroc est malade de ses cimetières. Les années passent et l’état de délabrement s’accentue. Aucune ville n’échappe à ce laisser-aller général. En 2015, un rapport affirmait que 75% des cimetières étaient en mauvais état. Parfois, les hautes herbes empêchent même d’y entrer. Les particuliers tentent de réagir.



En 2015, la réhabilitation des espaces funéraires était estimée, selon des chiffres du ministère de l’Intérieur, à 700 millions de dirhams (environ 70 millions d’euros). Cela concernait 1250 lieux dans 120 communes. L’argent a-t-il été débloqué? Mystère.

  

Selon le Site marocain Telquel, «certains lieux funéraires ont ainsi des allures de décharges à ciel ouvert, et sont souvent le théâtre de nombreuses incivilités». Les Observateurs de France 24 font le même constat. Ils livrent le témoignage de Nabil, un habitant, sur l’état du cimetière Chelh à Casablanca où est enterré son père. «L’an dernier, j’avais déjà eu du mal à accéder à la tombe. Il y avait des herbes hautes, des broussailles qui barraient le chemin, et je m’étais frayé un chemin avec une scie et un couteau. Mais cette année, c’était pire, l’accès était totalement obstrué par la végétation et j’ai dû renoncer.»

Le constat dressé par Media24 confirme cet abandon. Casablanca compte une dizaine de cimetières, mais la moitié sont fermés. C’est le cas de Chouhada qui n’est ouvert que pour les enterrements de personnalités. Le reste du temps ce serait un squat pour sans-abris, une véritable «cour des miracles» dont la fréquentation est à son sommet le vendredi. «Il est généralement impossible de se recueillir sur la tombe d'un proche sans être dérangé», précise Media 24.

Tombes enherbées dans un cimetière marocain © La Vie éco


Le célèbre écrivain Tahar Ben Jelloun dresse également un tableau affligeant du cimetière de Tanger où sont enterrés ses parents. «Impossible de se concentrer et de penser sereinement aux êtres chers enterrés là», confie-t-il dans un article sur le 360. Il ajoute également que le cimetière chrétien situé un peu plus loin «est non seulement gardé et protégé, mais nettoyé et bien entretenu. Comme quoi, même leurs morts disposent de meilleures conditions pour le repos éternel et pour le respect!»
 
Evidemment, les quartiers les plus pauvres sont les plus touchés par cet abandon généralisé. Et face à l’incurie des autorités (communes et ministères), les particuliers doivent assurer eux-mêmes l’entretien.

La multiplicité des intervenants explique peut-être cette situation. Telquel égraine la liste. «Habous pour la dimension spirituelle de la continuité de la vie après la mort dans l'islam et pour le respect dû aux défunts; le ministère de l'Intérieur pour les clôtures, le gardiennage et l'entretien des lieux; le ministère de la Culture dans un devoir de mémoire et de préservation du patrimoine.» Au final, le responsable du cimetière gère seul les lieux et impose sa loi.
 
Pour l’instant, seule la société civile s’est retroussé les manches, à l’image de S.O.S Cimetière Maroc. Redouane Seyour, Belge d’origine marocaine, a fondé l’association à la mort de son père en 2013. Là, il a découvert l’état du cimetière Moujahidine de Tanger. «A ce moment-là, je me suis dit que j'avais deux solutions: soit je fais comme tout le monde, j'enterre mon père sans rien dire et après je continue à vivre ma vie, soit j'agis et fais en sorte que ça bouge. J'ai choisi la deuxième option», confie-t-il à Telquel.

La tâche de ces bénévoles est immense et les résultats sont bien dérisoires. Les cimetières sont également saturés et on y enterre dans tous les coins, sans respect des allées et même des anciennes tombes d’où les noms ont disparu.

Par Jacques Deveaux