Trafic de migrants en Libye: quand l’Europe se rend «complice de crimes»

Des migrants africains dans un centre de détention de la région de Tripoli. Ils seraient 500.000 à être détenus arbitrairement. 
Des migrants africains dans un centre de détention de la région de Tripoli. Ils seraient 500.000 à être détenus arbitrairement.  © Photo AFP/Mahmud Turkia

Trafic de migrants en Libye: quand l’Europe se rend «complice de crimes»

Mis à jour à 15h22, publié le 12/12/2017 à 15H12

En prenant des mesures destinées à fermer la route migratoire entre la Libye et la Méditerranée et en livrant aux garde-côtes libyens et aux passeurs des dizaines de milliers de migrants, les pays européens les ont condamnés à subir des violences et des tortures. Amnesty international réclame la libération immédiate de tous les étrangers enfermés dans les centres de détention libyens.


Les conséquences ont été dévastatrices, observe le rapport que publie Amnesty International. Des centaines de milliers de réfugiés et de migrants ont été pris au piège à l’intérieur des frontières d’une Libye anarchique.

«Des dizaines de milliers d’entre eux sont maintenus en détention pour une durée indéterminée dans des centres surpeuplés, où ils sont soumis à des violations systématiques de leurs droits.»

Le directeur pour l’Europe à Amnesty International accuse: «En apportant un soutien actif aux autorités libyennes pour stopper les traversées et bloquer les migrants en Libye, ils se rendent complices de ces crimes», a déclaré John Dalhuisen.

Fin septembre 2017, l’organisation internationale pour les migrations (OIM) avait recensé près de 420.000 migrants en Libye dont plus de 60% sont originaires d’Afrique subsaharienne et 32% de pays d’Afrique du Nord.

La détention massive, arbitraire et illimitée, est devenue le pilier du système de gestion des migrations dans le pays avec l’aide de pays européens qui se sont engagés à fournir un soutien et une assistance technique.

«Ils ont permis aux garde-côtes libyens d’intercepter les migrants en mer, en leur fournissant des formations, des équipements, notamment des bateaux… Les chefs de tribus et de groupes armés ont été encouragés à renforcer les contrôles aux frontières dans le sud du pays», note le rapport d’Amnesty.

Le centre de détention Tariq Al-Matar près de la capitale libyenne photographié le 11 décembre 2017. Le centre de détention Tariq Al-Matar près de la capitale libyenne photographié le 11 décembre 2017. © Photo AFP/Mahmud Turkia


Détention arbitraire, torture, travail forcé, homicides, Amnesty a recueilli de nombreux témoignages de migrants et de réfugiés pris au piège. Ils seraient aujourd’hui 20.000 à être enfermés dans des centres surpeuplés et insalubres. Les gardiens les torturent pour leur extorquer de l’argent.

«Ils appellent la famille pendant qu’ils vous frappent. Alors la famille envoie l’argent.» Avec aussi le risque d’être vendu faute de rançon, raconte un migrant gambien.

«En soutenant les autorités libyennes dans leur entreprise de confinement de migrants en Libye, des gouvernements européens ont montré où sont leurs véritables priorités, à savoir le bouclage de la route migratoire de Méditerranée centrale, avec un faible intérêt pour les souffrances causées», accuse Amnesty.

L’ONG de défense des droits de l’Homme décline en quelques chiffres la complicité européenne vis-à-vis de ce trafic. Les pays européens ont alloué quelque 46,3 millions d’euros pour renforcer les capacités des autorités libyennes à gérer leurs frontières. Quatre patrouilleurs à haute vitesse ont été livrés par l’Italie aux gardes-côtes libyens. L’Italie a même lancé une opération navale dans les eaux territoriales libyennes pour soutenir les garde-côtes.

Amnesty appelle à la libération immédiate de tous les migrants détenus dans les centres de détention en Libye et demande aux gouvernements européens de repenser leur coopération avec ce pays.

Par Martin Mateso