«Triple Talaq» : l’Inde se penche sur les «divorces instantanés»

Rassemblement de femmes musulmanes indiennes à l'occasion d'une fête religieuse
Rassemblement de femmes musulmanes indiennes à l'occasion d'une fête religieuse © YAWAR NAZIR / NURPHOTO/AFP

«Triple Talaq» : l’Inde se penche sur les «divorces instantanés»

Mis à jour à 15h52, publié le 11/05/2017 à 13H55

La Cour suprême de l'Inde va examiner la pratique du «divorce instantané» à la demande de plusieurs associations féministes. L'Inde fait partie d'une poignée de pays dans le monde où un musulman peut divorcer de sa femme en quelques minutes en prononçant trois fois le mot talaq (divorce). Le phénomène a pris une ampleur inédite avec les réseaux sociaux.


L’univers de Shayara Bano s'est écroulé en octobre 2016. Cette mère de 35 ans était en visite chez ses parents dans l'Etat d'Uttarakhand (nord) pour un traitement médical, lorsqu'elle a reçu son «talaqnama», une lettre de son mari lui signifiant qu'il divorçait. Depuis, aucune nouvelle de son ex-époux. «Il a éteint son téléphone, je n'ai aucun moyen d'entrer en contact avec lui. Je suis inquiète pour mes enfants, leur vie est en ruines», a-elle confié à la BBC (lien en anglais).

 
Furieuse, Shayara Bano a déposé une requête, en février 2016, devant la Cour suprême, exigeant une interdiction totale du «triple talaq» qui, dit-elle, permet aux hommes musulmans de traiter leurs femmes comme des objets.
 
Saisie par de nombreuses pétitions émanant d’associations féministes et de militants des droits de l’Homme, la Cour suprême de l’Inde va examiner la légalité du «divorce instantané». L'Inde est l’un des rares pays dans le monde où un musulman peut divorcer de sa femme en quelques minutes en disant trois fois le mot talaq (divorce). Le sujet est tellement sensible que les juges qui se prononceront sur cette pratique sont issus des cinq religions du pays : un hindou, un sikh, un chrétien, un zoroastrien et un musulman.

 
Les musulmans représentent la plus grande communauté minoritaire de l'Inde avec une population de 155 millions sur 1,3 milliard de personnes. Leurs mariages et divorces sont régis par la loi musulmane, fondée ostensiblement sur la charia. Pourtant, le divorce instantané unilatéral «triple talaq» (qui ne peut être prononcé que par un homme) n’est mentionné nulle part dans le Coran. Selon les théologiens (oulémas), le divorce doit être réparti sur trois mois, pour permettre la réflexion et la réconciliation.

 
Le phénomène a pris une ampleur inédite avec l’arrivée des nouvelles technologies. De nombreux Indiens de confession musulmane, selon la BBC, auraient divorcé par textos, et même par Skype, WhatsApp ou encore Facebook. 

Par Mohamed Berkani