Tunisie: la pêche et les pêcheurs ne vont pas très bien

Pêcheurs tunisiens près de Bizerte (nord-est de la Tunisie), le 1er novembre 2016.
Pêcheurs tunisiens près de Bizerte (nord-est de la Tunisie), le 1er novembre 2016. © FETHI BELAID / AFP

Tunisie: la pêche et les pêcheurs ne vont pas très bien

Publié le 12/12/2017 à 9H37

La pêche côtière en Tunisie, «un secteur qui bat de l’aile», titrait «La Presse», le grand quotidien francophone de Tunis, le 11 décembre 2017. En cause notamment: la pêche illégale. Les professionnels s’inquiètent.


Les chiffres sont imprécis et ne permettent pas de se faire une idée claire de la situation. Selon le site webdo.tn, «la Tunisie produit en moyenne 130.000 tonnes de poisson». Au 1er trimestre 2017, «la pêche du poisson bleu» (thon, hareng, maquereau, sardine, anchois…) a augmenté de 17%. Cela a permis de couvrir la baisse enregistrée dans le secteur de la pêche profonde. Dans le même temps, la pisciculture aurait le vent en poupe: elle augmenterait de 10% par an, à 15.000 tonnes en 2016.

Reste que «la grogne est perceptible» chez les «pêcheurs dont l’activité se limite à la pêche côtière – ou artisanale», dans la mesure où «le poisson se fait de plus en plus rare», constate La Presse. «La surexploitation de la mer sans discernement a fini par porter un coup très dur au secteur.»

Le journal prend l’exemple de Mahdia (centre-est), ville côtière de 51.000 habitants où l’on recense «244 barques à rames et 174 autres munies de moteur». Selon La Presse, les résultats du secteur halieutique local sont catastrophiques: en 2016, on y a pêché 292 tonnes de poisson, contre 517 tonnes en 2015 et 560 tonnes l’année précédente.

«Inertie des autorités»?
En cause, notamment, «la concurrence déloyale des plaisanciers» «qui pillent les ressources», affirme le journal. Mais aussi la pêche illégale. Selon les autorités, quelque «2000 embarcations appartenant à des petits marins-pêcheurs exercent d’une manière illégale» dans tout le pays, notamment dans les régions côtières du Sud.

Les réserves halieutiques diminuent également en raison de la pêche intensive et du raclage des fonds marins. «Le fond de la mer subit un changement aigu et les espèces marines, qui ne vivent plus dans des conditions favorables, risquent de disparaître. Leur calibre change également à cause de la surexploitation et de l’absence de repos biologique», explique un scientifique tunisien cité par middleeasteye.net.

Chrifa Nimri, femme pêcheur de 69 ans, revient au port à Sidi Bou Saïd, près de Tunis, le 23 février 2017. Chrifa Nimri, femme pêcheur de 69 ans, revient au port à Sidi Bou Saïd, près de Tunis, le 23 février 2017. © REUTERS/Zoubeir Souissi


De leur côté, certains pêcheurs mettent en avant «l’inertie des autorités». Selon l’agence Tunisie Afrique Presse (TAP), le ministère de l’Agriculture avait annoncé, il y a un an, «l’élaboration d’une stratégie pour faire face» à la pêche illégale. Serait ainsi envisagé «un terminal de contrôle par satellite des embarcations». Dans le même temps, le secrétaire d’Etat aux Ressources halieutiques et à la Pêche a annoncé en mai qu’une «couverture sociale des pêcheurs» devait être mise en place «avant la fin de l’année 2017».

Au-delà, le phénomène de la pêche illégale semble être l’une des caractéristiques d’un pays pauvre. Car, comme l’explique un pêcheur de l’archipel de Kerkennah (centre) à middleeasteye.net: «Je ne demande pas à l’Etat de faire respecter la loi par la force car cela causerait davantage de problèmes étant donné que de nombreux Kerkéniens vivent de la pêche illégale.» 

«Tout le monde s’improvise pêcheur, de nos jours. La pêche à la ligne exercée par des centaines d’intrus, dont plusieurs fonctionnaires, les scaphandriers et les plongeurs de tout acabit traquant poulpes et poissons sans ménager les tout petits et ceux qui pêchent en zone interdite, car protégée», témoigne de son côté un professionnel de Mahdia cité par La Presse.

Petite précision: chaque Tunisien consommerait en moyenne 11,5 kilos de poisson par an, en deça de la moyenne enregistrée dans les autres pays méditerranéens (20 kilos par personne et par an).

Par Laurent Ribadeau Dumas