Turquie : une Constitution qui renforce considérablement les pouvoirs d’Erdogan

Le président Recep Tayyip Erdogan au siège de son parti, l'AKP, le 16 avril 2017.
Le président Recep Tayyip Erdogan au siège de son parti, l'AKP, le 16 avril 2017. © AFP - BULENT KILIC

Turquie : une Constitution qui renforce considérablement les pouvoirs d’Erdogan

Mis à jour le 19/04/2017 à 10H20, publié le 17/04/2017 à 14H30

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a gagné de justesse son pari avec une courte victoire du «oui» (51,4%) au référendum organisé le 16 avril 2017. Les électeurs ont ainsi approuvé les principales dispositions d’une réforme constitutionnelle qui présidentialise le régime à l’extrême. Explications.


Pouvoirs élargis
Le texte prévoit le transfert de l'essentiel du pouvoir exécutif au président Recep Tayyip Erdogan, qui nommera lui-même les ministres. Il désignera également un ou plusieurs vice-présidents.

Le poste de Premier ministre, actuellement occupé par Binali Yildirim, va disparaître.

La réforme constitutionnelle autorise en outre le président à intervenir directement dans le domaine judiciaire. Le chef de l'Etat choisira ainsi directement ou indirectement six membres du Haut conseil des juges et procureurs, chargé de nommer et de destituer le personnel du système judiciaire. Le Parlement en choisira sept.

Les tribunaux militaires, qui ont par le passé condamné à mort de nombreux officiers et même l'ancien Premier ministre Adnan Menderes après le coup d'Etat de 1960, seront bannis. Sauf exception.

L'état d'urgence
Selon la réforme constitutionnelle, l'état d'urgence sera instauré en cas de «soulèvement contre la patrie» ou d'«actions violentes qui mettent la nation (...) en danger de se diviser».

Le président décidera d'imposer ou non l'état d'urgence avant de soumettre la question au Parlement. Celui-ci pourra alors décider de le raccourcir, le prolonger ou d'y mettre fin.

L'état d'urgence ne pourra initialement pas être mis en place pour plus de six mois. Il pourra être prolongé pour une durée maximale de quatre mois à la fois.

Le Parlement
Le nombre de députés passera de 550 à 600. L'âge d'éligibilité pour devenir député sera abaissé de 25 à 18 ans. Les élections législatives et présidentielle seront simultanées et se dérouleront tous les cinq ans, contre quatre actuellement.

Le Parlement aura toujours le pouvoir d'élaborer, d'amender ou d'abroger les lois.

Il supervisera les actions du président, mais ce dernier pourra promulguer des décrets dans les domaines relevant de la large sphère de ses compétences exécutives. En revanche, le texte spécifie que le président ne pourra pas promulguer de décret sur des sujets déjà clairement régulés par la loi.

Si le président de la République est accusé ou soupçonné d'avoir commis un délit, le Parlement pourra exiger une enquête. Mais il devra recueillir une majorité des trois cinquièmes.

Président jusqu'en 2029 ?
Le projet de réforme constitutionnelle fixe au 3 novembre 2019 la date des prochaines élections présidentielle et législatives.

Le président sera élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. Il ne sera plus obligé de rompre les liens avec son parti.

Recep Tayyip Erdogan, âgé de 63 ans, a été élu président en août 2014, après 12 ans passés en tant que Premier ministre. Il ne sera pas tenu compte du mandat actuel au moment du passage au nouveau système. Au pouvoir depuis 2003, le président Erdogan pourrait donc en théorie rester à la tête du pays jusqu'en 2029. Il serait alors âgé de 75 ans. Après un séjour de 27 ans au pouvoir.

Par Géoopolis (avec AFP)