Union du Maghreb arabe: les murs de la désintégration

Construction d'un mur le long de la frontière entre le Maroc et l’Algérie.
Construction d'un mur le long de la frontière entre le Maroc et l’Algérie. © FADEL SENNA / AFP

Union du Maghreb arabe: les murs de la désintégration

Mis à jour le 15/07/2015 à 10H59, publié le 15/07/2015 à 10H28

La Tunisie va construire un mur de 160 km le long de sa frontière libyenne. Le Maroc construit actuellement plus de 100 kilomètres de clôture à ses frontières avec l’Algérie. L’Union du Maghreb arabe (UMA), déjà moribonde, vole en éclats.


Les pays frères rêvaient d’un grand espace nord-africain à l’image de l’Union européenne, mais ça c’était avant. Avant les murs et les clôtures. Avant le terrorisme et le repli sur soi, chacun derrière ses frontières. «Le Maroc construit son "mur de Berlin" à la frontière algérienne», titre Bladi.
 
15 juillet 2014 : le ministre de l’Intérieur marocain, Mohamed Hassad, se présente devant le Parlement et confirme : «Le Maroc construit une clôture dotée de capteurs électroniques pour se protéger des menaces terroristes». Comprendre que des terroristes potentiels s’infiltreraient à partir de l’Algérie.

Vidéo mise en ligne le 9 juin 2010


Moins d’un an plus tard, le chef du gouvernement chérifien reconnaît que les travaux de clôture ont commencé. Il y aura bien un mur le long de la frontière entre le Maroc et l’Algérie. Seule sa longueur n’est pas dévoilée : 100 à 140 km.
 
Les frontières terrestres entre les deux pays sont fermées depuis 1994. Après un attentat à Marrakech, Rabat a imposé le visa aux Algériens. Réaction immédiate d’Alger : fermeture des frontières. Depuis, les ressortissants des deux pays peuvent se rendre visite sans visa… mais en avion seulement. Rabat et Alger sont en froid depuis plusieurs années.
 
 
17 février 1989 : cinq pays d’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie) décident de créer un espace commun : Union du Maghreb Arabe (UMA). Vingt-quatre ans plus tard et quelques tentatives de projets communs comme une banque dotée d’un modeste fonds de 100 millions de dollars, l’UMA demeure plus une utopie qu’un chantier en construction.

L’espace économique s’est brisé sur les réalités politiques. Chaque pays se barricade derrière ses frontières. Après le Maroc, c’est la Tunisie qui s’est lancée dans la construction d’un mur long de 168 km le long sa frontière libyenne après l’attentat de Sousse. Au nom de la lutte contre le terrorisme.


L’UMA est désormais en coma profond. Les murs de sécurité ou de séparation délimitent, à coups de dalles de béton, sa tombe. Un cercueil grillagé avec une épitaphe non écrite : ici repose, pour longtemps, le rêve maghrébin.
 

Par Mohamed Berkani